
J’allais commencer cette intro par “ça fait longtemps que je n’ai pas posté” mais il me semble que j’ai déjà commencé mes deux derniers posts par une phrase du genre. Ce qui, quelque part, en dit assez long sur l’organisation pour le moins anarchique de mon emploi du temps ces six derniers mois. Toutefois, après diverses tentatives pour améliorer l’ordre de visibilité de mes panels-temps via des techniques d’agendas virtuels sur réseaux multiples, j’ai enfin réussi à débloquer quelques heures afin d’effectuer un retour-prestige doublé d’une ré-organisation totale de ma collaboration au projet “Get The Curse – Horizon 2015″. Ce qui signifie techniquement que là, déjà, tu as une interview du plus gros groupe qu’on ait jamais eu sur Get The Curse, à savoir Depeche Mode (réalisée avec ma collègue Lorène Lenoir, présentée ici dans une version un poil plus longue que celle qui a été publiée par nos soins sur Yahoo la semaine dernière, et dont la version intégrale -environ 3 à 4 fois plus longue quand même- paraîtra, elle, dans le prochain numéro du magazine Noise, qui paraîtra début mai) et que dans les jours qui viennent, la ligne éditoriale du site va s’élargir quelque peu afin de nous permettre de retrouver un peu d’air sous cette minimal scarf qui commençait à doucement nous étouffer. Que les plus obtus se rassurent, il y aura toujours des podcasts d’Allemands aux cheveux sales. C’est juste que la sélection sera un peu plus sévère et qu’on se permettra aussi d’aborder des sujets très très différents de ceux dont vous aviez l’habitude. En attendant, get fixed.
As usual, scroll down for English version. This is an edited version of a Depeche Mode interview which will be featured in its entirety in the May issue of Noise magazine.
Avant de parler de l’album, on voulait rapidement revenir sur la vidéo qui a été réalisée pour le single Wrong et qui circule sur le net depuis quelques semaines. C’est probablement votre clip le plus surprenant à ce jour.
Martin Gore – A la base, je voulais que ce soit Anton (Corbijn, réalisateur de Control et responsable de l’identité visuelle de Depeche Mode depuis le tout début des années 80) qui s’en occupe, parce qu’à chaque fois qu’on s’est éloignés d’Anton et qu’on a travaillé avec d’autres réalisateurs, on a presque toujours été déçus par le résultat. Mais Andrew et Dave voulaient essayer quelque chose de vraiment différent, alors on a confié la réalisation à Patrick Daughters, dont on avait beaucoup aimé les vidéos pour Liars et les Yeah Yeah Yeahs. Et lorsqu’on a reçu la copie de la vidéo, Andrew m’a appelé et m’a dit : “Martin, je ne suis pas sûr qu’on ait pris la bonne décision” (rires)
Andrew Fletcher – Il faut dire que d’un côté, je suis toujours partant pour tenter de nouvelles expériences…mais de l’autre, j’ai toujours un peu de mal à me faire à l’idée qu’on est en 2009 (rires). Ce clip est vraiment bizarre pour moi parce que je reste attaché aux standards des années 80 et 90. Mais c’est typiquement le genre de vidéos qui intéressent les gens aujourd’hui, qui laisse des questions en suspens.
Martin Gore – Cela dit, l’aspect le plus intéressant de cette vidéo pour moi, c’est le fait que les médias comme MTV ou VH1, ne vont pas la diffuser. Ils voulaient qu’on supprime certains passages et on a refusé. Aujourd’hui, plus personne n’a besoin de MTV. Un site comme YouTube te permet une exposition bien plus importante que celle de n’importe quelle chaîne musicale.
On peut isoler deux périodes assez distinctes dans votre parcours. De vos débuts à l’album Ultra, Depeche Mode est groupe qui évolue, expérimente et se remet sans cesse en question. Puis, à partir du single Only When I Lose Myself, vous devenez cette entité massive, inébranlable, qui laisse peu de place aux imperfections, comme un genre de Roxy Music moderne. Sur ce nouvel album, Sounds Of The Universe, on a pour la première fois un équilibre quasi-parfait entre ces deux aspects.
Andrew Fletcher – J’aime assez le fait que vous puissiez dores et déjà considérer Sounds Of The Universe comme un disque “à part”. Musicalement, je ne sais pas, c’est difficile à dire pour nous parce que nous n’avons pas du tout le recul nécessaire. Mais c’est en tout cas un album que nous avons réalisé dans un état d’esprit très particulier. L’enthousiasme de Ben Hillier, le producteur du disque, y a été pour beaucoup. Il a immédiatement compris comment tirer le meilleur du groupe. Tout s’est fait très naturellement, très facilement.
Martin Gore – Il faut dire que c’est la première fois que nous entrons en studio avec autant de titres finalisés. On en avait 22 en tout, alors que pour nos précédents albums, on démarrait souvent les sessions d’enregistrement avec seulement 5 ou 6 morceaux, puis on retournait en studio, parfois des mois plus tard, pour enregistrer le reste. Le fait d’avoir autant de matériel prêt à l’avance nous a permis d’aborder le disque sans aucune pression et avec une marge de manoeuvre assez importante, puisque nous pouvions nous permettre d’écarter et d’abandonner tous les titres sur lesquels nous avions le moindre doute.
Il faut dire aussi que pas mal de choses ont changé entre cet album et le précédent…
Andrew Fletcher – Oui, on a arrêté de boire. Moi, ça fait trois ans et demi.
Ca ne vous a pas effrayé ?
Martin Gore – Moi si, énormément…. Je bois depuis des années et des années et j’étais terrifié à l’idée d’arrêter, parce que je pensais que, sans l’alcool, je n’arriverais plus à écrire le moindre morceau. J’ai pris la décision d’arrêter au beau milieu de notre dernière tournée, ce qui n’était pas exactement la période la plus facile (rires). Mais ça m’a aidé à me concentrer d’avantage sur mon travail, à avoir un peu plus de temps pour écrire et composer. Le fait que Dave (Gahan, chant) décide de sortir un nouvel album solo juste après la tournée m’a énormément soulagé, également. Parce que je savais qu’à partir de là, j’avais au minimum un an devant moi pour me reposer et avancer à mon rythme. Et sans pression, tout vient bien plus facilement.
Depuis Playing The Angel, votre précédent disque, Martin partage ses compositions avec celles de Dave, et il en va de même sur Sounds Of The Universe. Vous n’avez jamais eu envie d’écrire à deux ?
Martin Gore – A vrai dire, nous avons composé un morceau ensemble. Il s’agit de l’inédit qui figure sur le single Wrong et qui sera également sur la version deluxe de l’album. J’avais ce titre instrumental, très techno, très syhtétique, que Dave adorait et pour lequel il a écrit une ligne de chant et des paroles. Il faut dire que ma façon de travailler ne facilite pas vraiment les collaborations. J’ai besoin d’être seul pour y arriver. Je vois ça comme quelque chose de très intime, de très personnel.
Puisqu’on parle d’instrumentaux, Martin, toi qui est DJ de temps à autres et qui t’intéresses à ce que font des labels comme Rekids, Get Physical, Playhouse, ou Kompakt, tu n’as jamais eu envie d’enregistrer des choses plus orientées club, sous ton propre nom ou un pseudonyme ?
Martin Gore – J’y ai souvent pensé et je suis persuadé que je le ferai un jour mais le problème pour le moment, c’est le temps. On a tous des enfants dans le groupe et c’est vraiment agréable de retrouver une vie normale entre deux tournées et de laisser la musique de côté. Mais j’y viendrai probablement tôt ou tard.
Le troisième disque de la version deluxe de Sounds Of The Universe sera consacré à des démos inédites de vieux titres du groupe. Est-ce une façon pour vous de commencer à fêter le 30ième anniversaire de Depeche Mode ?
Andrew Fletcher – Non, pas du tout. On a d’ailleurs visiblement été les derniers à se rendre compte que le groupe fêtait effectivement ses 30 ans cette année (rires) On en est très fiers mais on ne fera rien de spécial pour l’occasion, parce qu’on n’en a pas vraiment envie. L’idée du disque de démos est venue de moi. J’ai toujours trouvé les démos de Martin vraiment exceptionnelles, d’autant plus qu’elles sont bien souvent totalement différentes des versions finales. On n’est pas U2, on ne construit pas nos morceaux en studio avec l’appui de toutes les dernières technologies. Comme il le disait à l’instant, Martin compose seul chez lui et il enregistre chaque démo de cette façon, ce qui explique pourquoi la plupart de nos titres gardent cette impression d’intimité, de fragilité. On a donc fait le tour des personnes qui avaient ces démos chez eux, à savoir Martin, Daniel (Miller, qui dirige leur label, Mute), Alan (Wilder, ex-membre du groupe), Dave et moi et il s’est avéré que j’étais le seul a les avoir conservé (rires). J’en ai désarchivé 110, que j’ai restaurées et on en a sélectionné une dizaine pour ce disque. Ce qui signifie qu’il en reste encore près d’une centaine, qu’on sortira très probablement dans les années à venir. Ce sont vraiment des versions qui valent le coup d’être écoutées. Certaines sont hilarantes, comme celle de Master And Servant par exemple. Et puis il y a tous ces morceaux que Martin enregistre pour des gens qu’il connaît. Il en a composé un pour l’anniversaire de ma femme qui est incroyable (rires)
En tout cas, entre ces démos et ta récente fixette sur de vieux modèles de claviers analogiques, tu es de toute évidence en pleine période vintage (rires)
Andrew Fletcher – Oui, complètement. Aux débuts du groupe, et même après, je me suis contenté du strict minimum en matière de claviers, j’avais très peu de matériel. Et puis il y a un peu plus de 3 ans, j’ai arrêté l’alcool et j’ai commencé à m’intéresser à tous ces claviers vintage. J’ai remplacé un vice par un autre (rires) Sauf que là, c’est un bon vice parce qu’il y a un album au bout. En fait, je passe mon temps à acheter de vieilles choses pour en construire de nouvelles. Je fais du rétro-futurisme (rires) Finalement, vous aviez raison quand vous parliez du vieux et du nouveau Depeche Mode, c’est exactement ça. On a réussi d’une certaine façon à intégrer les deux sur ce disque.
ENGLISH VERSION
Before we start talking about the new album, we’d like to know a bit more about the video you shot for Wrong, which is pretty surprising.
Martin Gore – In the past, when we decided to stray from Anton Corbjin (director of the movie Control and in charge of Depeche Mode’s visual identity since the early 80’s) we’ve been often pretty disappointed with the results, so most of the times we now prefer to choose the safe option and work with him. But this time, Dave & Andrew were convinced we could do something really different, so we asked Patrick Daughters because we loved the videos he did for Liars and the Yeah Yeah Yeahs. And when we got to see the video, Andy wasn’t too sure it was a good idea anymore (laughter)
Andrew Fletcher – On one hand, I’m always ready to go for anything new. But on the other hand, I’m so used to 80’s video standards and I may have a bit of a trouble convincing myself we actually live in 2009 (laughter). But I think this is the kind of video that will really stay in people’s mind.
Martin Gore – The other really interesting thing about this video is that so far what used to be the normal video outlets like MTV or VH1 won’t play it. They wanted us to make cuts and edit the video and we just said no because these days you don’t really need them anymore, you get much more exposure from a website like YouTube.
There’s two distinct eras in your carreer. During the first one -which basically goes from the very beginning of the band to the Ultra LP- Depeche Mode is a very evolutive band, always experimenting and operating drastic changes in its sound. Then, from the Only When I Lose Myself single on, you become this massive, flawless machine, just like a modern Roxy Music. On the new album, Sounds Of The Universe, it seems there’s an almost perfect balance between these two aspects of the band.
Andrew Fletcher – I like the fact you can already say Sounds Of The Universe is totally different from any other record we made. I don’t really know if the songs are that different because, as we’ve been working on it for months, we can’t really tell, but this album was indeed made in an amazing vibe. Ben Hiller, who produced it, was really driven and quickly understood how to get the best from the band. The result was that the music as well as the general vibe just came better. It was quite an easy album to make. Probably our easiest so far.
Martin Gore – This is was actually the first time we started an album with 22 songs already written to choose from. In the past we started albums with just 5 or 6 songs and after a month of recording, we had to go back in the studio to write and record some more songs. This time we had so many songs we could throw some away and only concentrate on the very best material.
Many things also changed in your life between this album and its predecessor…
Andrew Fletcher – Yeah, we’ve given up booze. I did 3 and a half years ago.
Wasn’t it scary ?
Martin Gore – It definitely was for me, yes. I kept drinking for years terrified that if I stopped I would never be able to write another song…I fell into that track for a long time. But I stopped drinking halfway from the last tour which was an interesting time to stop (laughter). That helped me to focus and have more time to write… Also the fact that Dave decided to make a solo record took a lot of pressure off me because from this moment on, I knew had a year or so to relax and write so that took a a lot of pressure off me.
Dave now writes a few tracks on each album. You never tried to write together?
Martin Gore – Well, there’s actually a song we wrote together, which appears on the Deluxe Boxset version of the LP and also as an extra track on the Wrong single. But we didn’t do it the classic way either. I had this techno instrumental and Dave liked it so much that he wrote lyrics over it. The way I work isn’t ideal for collaborations, actually. I just sit down and play some chords, it’s quite a personal thing, very intimate.
Talking about instrumental stuff, you also DJ from time to time and I know you’re very interested in labels such as Rekids, Playhouse, or Kompakt. Did you ever think about releasing more club-orientated tracks under your own name or an alias ?
Martin Gore – I already thought about that many times. I guess but the main problem is that I don’t have that much time, really. We all have children and it’s actually nice to lead a normal life sometimes (laughter). But I’d definitely like to do that and I’ll most probably do it one of these days.
The third disc in the Sounds Of The Universe Deluxe version is stuffed with unreleased demos of old songs. Is it some kinda way to start the celebrations of your 30th birthday?
Andrew Fletcher – No, not a t all. We’ve been really proud when we realized it was actually our 30th anniversary as a band but we won’t be doing anyhting special for the occasion because we don’t feel like doing it. About the demos, I just had an idea about it. I think Martin’s demos are really really good and they’re also most of the time very different from final versions. We’re not U2, we don’t set up the songs in the studio, Martin does everything home and that’s part of the reason so many of his tracks sound so fragile and intimate. I asked Martin if he’d like to put it on a record and he agreed. The most difficult part was to find the demos (laughter). There’s onyl 5 people who would have demos : myself, Martin, Dave, Alan (Wilder, ex-member of the band) and Daniel (Miller, owner of Mute Records), so we asked everyone but no one had kept those demos except me. I found about 110, I had to clean them up and convert them in different formats. But that’s exciting cause we now know we have more material to check and pick up from. And these demos are really worthwile listening to. Some of them are hilarious, like the one he did for Master And Servant for example (laughter). And he also writes stuff for people he knows, like he did one for my wifes birthday and it’s an amazing song ! (laughter)
You also started collecting vintage synths lately
Andrew Fletcher – Yeah, well at the beginning of the band and even after, we never had that much material…Well, Alan had some but not me (laughter) It started when i gave up on booze. I started getting all that vintage material…I basically replaced one obsession with an other (laughter) But that’s a good obsession when it ends on something as an album. I buy old stuff to make new stuff, that’s pretty retro-futuristic (laughter). Actually, you were right at the beginning of the intertview, we somehow managed to bring back the old Depeche Mode into the new one.

April 6th, 2009 at 12:41 pm | John Baez says
Très bonne interview monsieur Lelo.
J’ai hâte de mettre la main sur ce nouvel album, voire de quoi il retourne.
April 6th, 2009 at 12:50 pm | lelo says
Merci (même si là c’est très court et qu’il vaut mieux lire la version complète vu qu’on y apprend beaucoup plus de choses)
Sinon je trouve cet album comme le précédent : 3/4 titres excellents, 4/5 titres quelconques et 2 titres absolument ridicules, mais bon, j’avoue ça fait un moment que j’ai décroché…
April 6th, 2009 at 1:51 pm | Nat's says
très bon interview !
April 6th, 2009 at 3:10 pm | househusband's radio says
Whaou!
Alors là, c’est un coup de maître!
Décidément Lelo nous surprendra toujours, vivement la version intégrale.
merci, à plus
hh
April 6th, 2009 at 3:51 pm | clement says
je pense que j’irai les voir sur scène en juin
April 6th, 2009 at 5:11 pm | Virginie / Module says
Je prends note de ta ‘ré-organisation’ Lelo… ça veut dire que tu vas parler de nos artistes?! :)
Très bonne idée ce pont entre Noise et Get The Curse via DM.
V
April 7th, 2009 at 10:33 am | Hugo says
Damn, that’s some heavy shit man..
“il y aura toujours des podcasts d’Allemands aux cheveux sales” hahahaah ! ouf !
April 8th, 2009 at 8:29 pm | Caro says
DM remixé par Efdemin et Minilogue…ça change en effet…
(Rien à voir: je viens de lire que c’est Radio Slave qui fait le Fabric 48. He he he…)
April 11th, 2009 at 3:00 am | Robert U says
Ha ben voilà ! Nous y v’là ! Un interview sois disant exclusif et donc incroyable et pas de nouveau poadcast cette semaine !!!!??? Triste je suis…
April 11th, 2009 at 11:37 am | lelo says
On a décidé qu’on ne posterait plus que des podcasts qui vaillent au moins qu’on se relève la nuit pour les écouter.
Celui d’après-demain par exemple fait partie de cette catégorie.
Cela dit, ceux qui veulent du podcast au kilo posté en vrac pour consommation rapide n’ont que l’embarras du choix, il y a 1 ou 2 sites qui font ça très bien.
April 22nd, 2009 at 10:06 am | Erwan says
Voici une vidéo qui pourrait compléter cette interview : http://music.orange.fr/lecture-videos-clips/en-video-depeche-mode-music-express-depeche-mode-THD.html