
Si, dans Depeche Mode, Martin Gore est la tête, Dave Gahan les jambes, et Andrew Fletcher la colle qui tient les deux égos en place, la cherry on the cake du groupe a longtemps été Alan Wilder. Un simple coup d’oeil au documentaire accompagnant la réédition de l’intemporel Violator suffirait à convaincre les plus sceptiques (on y apprend notamment comment Wilder a transformé “Enjoy The Silence”, à l’origine ballade intimiste jouée à l’harmonium, en tube intergalactique en envoyant Gore & Gahan faire une sieste à l’hôtel). A son départ du groupe, en 1994, si personne n’imaginait que Depeche Mode s’en sortirait aussi bien privé de sa brute de production, beaucoup se réjouissaient déjà du temps que Wilder allait désormais consacrer à Recoil, projet démarré en 1986 et déjà responsable de deux labyrinthiques maxis (1+2 et Hydrology) et d’un album magistral (Bloodline). Avant de contempler le silence de sept ans qui fera suite aux venimeux Unsound Methods (1997) et Liquid (2000). Silence enfin brisé aujourd’hui avec subHuman, quatrième album de Recoil, et probablement son disque le plus direct et le plus accessible à ce jour.
subHuman marque ton retour après 7 ans d’absence. J’ai cru comprendre que, durant cette période, tu as essayé de nombreuses fois de te remettre à travailler, sans success.
Oui, il y a eu pas mal de “faux departs”, de sessions qui n’ont finalement abouti à rien de vraiment intéressant. Je n’étais pas dans un état d’esprit propice à la creation. J’avais l’inspiration, mais je ne me sentais pas l’envie de m’enfermer en studio pendant un an, parce que je ressentais le besoin de passer du temps avec ma famille, de faire des choses ordinaires, de mener une vie normale. J’ai donc attendu de me sentir prêt à nouveau avant de me lancer dans l’écriture d’un nouvel album.
7 ans c’est long, particulièrement dans le monde de la musique électronique. Est-ce que tout ce temps t’a permis par exemple de te familiariser avec de nouveaux logiciels, de nouvelles techniques d’enregistrement ?
J’ai travaillé sur subHuman exactement de la même façon que pour mes disques précédents. J’ai passé plusieurs mois sur de nouveaux logiciels, que j’utilisais pour la première fois, comme Ableton Live, Logic Pro ou de tout nouveaux modèles de synthétiseurs virtuels et de samplers. Mais je m’en suis très peu servi au final. Ce sont des outils qui rendent les choses parfois plus faciles mais qui, d’un autre côté, t’offrent tellement de possibilités qu’ils ne font, au final, que te ralentir. Et puis je ne suis pas quelqu’un de très porté sur la technique et tout ce processus d’apprentissage à tendance à m’ennuyer très vite.
Tout comme le materiel, l’industrie du disque a beaucoup évolué en 7 ans. C’est quelque chose que tu as eu à l’esprit pendant l’enregistrement de subHuman ?
Ca n’a absolument eu aucune incidence sur subHuman en termes de composition et d’enregistrement. Cependant, il est évident que les façons d’écouter et de promouvoir la musique ont beaucoup changé en 7 ans et j’ai vraiment tenu à prendre cela en compte. Parce que ce qui est devenu un cauchemar pour les maisons de disques, dont les budgets sont encore plus restreints que par le passé, s’est avéré en revanche, pour un musicien, quelque chose de plutôt excitant. En termes de communication, bien sûr, mais aussi parce que ça remet l’auditeur dans une position de force : il ne sert plus à rien de lui dire quoi acheter puisqu’il est plus que jamais en mesure de chercher et de découvrir de nouvelles choses par lui-même. En ce qui concerne le téléchargement, j’ai un avis assez mitigé. Je fais partie d’une generation qui a grandi avec le disque et qui reste très attachée à l’objet, à l’artwork. Mais la nouvelle generation voit les choses différemment et le fait que tout soit aujourd’hui disponible en ligne me plait énormément. J’ai passé tellement d’années à courir les magasins de disques pendant des heures pour finalement rentrer bredouille… Il y a juste quelques details qui me dérangent encore. D’abord le fait qu’avec le MP3, les gens passent de moins en moins de temps sur les disques et finissent par les entendre plus qu’ils ne les écoutent. Ensuite, il y a la qualité de son qui me rebute encore pour le moment, meme si je pense que ça va s’améliorer dans les années à venir. Là, on pourra définitivement enterrer le CD. Ou bien retourner au vinyle !
La première impression que j’ai ressenti à l’écoute de subHuman, c’est cette coherence entre chaque morceau, comme s’ils étaient totalement liés les uns aux autres, qu’ils racontaient une même histoire. Est-ce que cet aspect narratif est quelque chose de conscient ou un pur hasard ?
Il n’y avait rien de prévu au depart et le disque ne repose au final sur aucune histoire ou concept précis. Mais je pense effectivement qu’il y a un fil conducteur, même s’il est relativement abstrait et qu’il est principalement dû à la façon dont j’ai travaillé sur les parties vocales. Il faut dire que les textes de subHuman sont beaucoup plus subtils que ceux de Liquid, et que l’approche est beaucoup plus mélodique que par le passé, où j’utilisais majoritairement du spoken word. Le côté très blues du disque a également beaucoup joué dans cette coherence.
Justement, subHuman est très marqué par le blues, dont on entend clairement l’influence sur chaque morceau. C’était un element déjà present sur les precedents albums de Recoil, mais aussi sur Songs Of Faith And Devotion, que tu cites souvent comme le disque de Depeche Mode dont tu es le plus fier.
C’est vrai que le blues est un style musical vers lequel je retourne fréquemment. C’est une influence importante pour moi. Quand j’ai commencé à m’intéresser à la musique, dans les années 60 et 70, j’ai tout de suite voulu savoir d’où elle venait, quelles en étaient les racines, et j’ai donc découvert le blues très jeune. C’est comme une attirance entre deux extremes : d’un côté tu as le blues et le gospel, des musiques très organiques, brutes, où les emotions sont exacerbées, et de l’autre les machines et l’électronique. Et en mélangeant les deux, tu obtiens quelque chose de nouveau et d’excitant. C’est intéressant que tu cites Songs Of Faith And Devotion parce qu’avec le recul, je le perçois vraiment comme un prélude aux trois derniers albums de Recoil. C’est un disque sur lequel on a mêlé nos bases synthétiques à des éléments blues et gospel avant de les restructurer avec des outils modernes, comme ProTools. Et cette façon de faire n’a absolument pas changé depuis, je travaille toujours de cette façon.
Pour en revenir à l’aspect narratif de l’album, il y a ce morceau, “5000 years”, qui est un blues classique sur lequel tu as ajouté des éléments de musique orientale et des batteries militaires. D’autres morceaux ont des titres assez évocateurs, comme “The Killing Ground” et “Intruders”. Même si, comme tu l’as précisé, il n’y a aucun thème majeur sur subHuman, on peut néanmoins supposer que certains événements de l’actualité de ces dernières années t’ont inspiré.
“5000 Years” est vraiment le morceau central de l’album. C’est celui qui m’a donné la marche à suivre pour construire subHuman. Pour la première fois, Joe m’a apporté le morceau complet et je n’y ai ajouté mes éléments qu’après. C’était beaucoup plus simple pour moi car tout y était déjà : le thème, l’ambiance, etc. Et c’est ce que j’ai voulu faire sur la totalité des titres de cet album : traduire et interpréter à ma façon, par le biais de l’électronique, les idées développées par les paroles de chaque morceau. “5000 Years” fait effectivement référence aux événements qui ont eu lieu en Irak. Le terme “civilsé” n’est depuis longtemps qu’une arrogance de plus pour justifier les agressions, qu’elles soient religieuses, idéologiques ou personnelles. En 7 ans, on a eu le 11 septembre, l’Irak, l’Afghanistan, les attentats à Londres et Madrid et l’escalade du conflit en Palestine, pour ne citer que les plus médiatisés… Et de manière plus générale, la progression constante du racisme, du sexisme, de l’homophobie. Tu ne peux que te sentir concerné par tout cela et ça se traduit forcément de manière plus ou moins directe sur ce que tu fais.
Avant que tu n’effectues ton retour avec Recoil, on a pu te voir sur les documentaires qui ont été réalisés pour les suppléments DVD des rééditions des albums de Depeche Mode. Tu as également travaillé sur la remasterisation de ces albums, qui a apparemment été assez difficile.
Pour ce qui est des documentaires, ça a été très simple, puisque j’ai juste raconté tout ce dont je me souvenais sur l’enregistrement de chaque album. Le résultat final est vraiment intéressant parce que chaque protagoniste a une vision très personnelle de chaque disque et des événements qui y sont liés, ce qui donne une vision d’ensemble très juste de chaque période. Par contre, la remasterisation et les mixages en 5.1 ont été nettement plus ardus. J’ai été engagé comme producteur exécutif sur toute la période qui va de Construction Time Again à Songs Of Faith And Devotion. L’idée était de recréer à l’identique les mixes originaux et il était donc important que Kevin Paul, l’ingénieur studio, sache exactement comment chaque son avait été obtenu. La principale difficulté est venue du fait que beaucoup de pistes instrumentales étaient incomplètes et qu’il a donc fallu les remplacer ! Par chance, j’avais encore tous les back-ups DAT que j’utilisais pour les concerts, ce qui nous a permis de ne pas avoir à les ré-enregistrer, ce qui aurait vraiment compliqué l’affaire.
Est-ce le fait d’avoir travaillé sur les mixages 5.1 de ces rééditions qui t’a donné envie de tenter l’expérience avec subHuman ?
Pas directement, même si ça a effectivement joué un certain rôle. Au départ, je ne pensais pas que Mute pourrait l’inclure dans le budget qui m’était accordé pour l’album, mais quand l’idée m’a été présentée, j’ai immédiatement saisi l’opportunité parce que c’était un défi intéressant. Il n’existe encore aucun standard pour ce type de mixage, et les possibilités restent énormes, même si c’est quelque chose qui se fait de plus en plus fréquemment. Cela dit, comme c’était mon premier essai, qu’il y avait de nombreuses spécificités techniques à prendre en compte et que j’avais déjà passé énormément de temps sur le mixage stéréo, le mixage final reste très simple, il y a juste une spacialisation beaucoup plus marquée, rien de plus. Par contre, il y aura un troisième mix de subHuman sur la version limitée qui sera disponible à la sortie, une version “Reduction”, beaucoup plus ambient et qui est justement basée sur les éléments mixés en arrière-plan dans la version 5.1. Il y aura également un DVD, sur lequel on a mis tous les clips des précédents albums.
Est-ce que tu as prévu quelque chose niveau live pour cet album ?
Pas pour le moment, mais je travaille sur deux-trois idées principalement axées sur le net, qui devraient se concrétiser au moment de la sortie de l’album.
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Recoil – Allelujah
Comme tu as sans doute pu le remarquer, il est impossible de sauvegarder ce morceau, mais comme chez Get The Curse on sait être avant tout une belle bande d’ordures, on t’offre carrément la possibilité de recevoir, directement dans ta boîte aux lettres, la version vinyle de l’album (édition limitée double LP gatefold) ou le 7″ du single Prey. Pour cela, rien de plus simple, punk : envoie un mail à lelo@getthecurse.com avec ton nom, ton adresse et le disque que tu désires. Attention : quantités ultra-limitées, premiers arrivés premiers servis.


July 10th, 2007 at 9:21 am | lelo says
Bon ben ça a pas traîné, 9h20 et tout est parti !
July 10th, 2007 at 10:22 am | clems says
il faut quand même dire que c’est un bien joli cadeau, content de voir que ça a bien fonctionné
July 10th, 2007 at 10:47 am | yma says
ha merde, trop tard… il reste pas des T-shirt ?
July 10th, 2007 at 11:24 am | lelo says
Non mais pour ne décevoir personne, Mikhail a proposé de se déplacer à mobylette chez tous les gens arrivés trop tard pour leur livrer une formule pizza + DJ set à domicile. Faut juste qu’on s’arrange avec lui pour les horaires.
July 10th, 2007 at 11:47 am | mikhail says
STOP LA BLAXPLOITATION !!
July 10th, 2007 at 11:49 am | mikhail says
enfin du moment que je prends pas comme la stagiaire de kitsuné ça me va