Un groupe que beaucoup voyaient déjà mort-né après une signature immédiate sur International DeeJay Gigolos et le buzz un rien démesuré qui en a résulté. Le genre de plan dont personne ou presque ne réchappe. À moins de ne bénéficier d’une sévère dose d’intelligence et de passion, et de toujours garder à l’esprit son but initial : abattre sans se retourner, pousser à coups de crosse sous la douche à merde, punir, venger, bref, arrêter les montres. Autant de qualités qui ont fait de The Arrogance Of Simplicity, premier album des Penelope[s], ce qu’il est : un disque flamboyant, unique, décomplexé, transcendant les genres pour n’en imposer qu’un, le sien.

Blind-test avec Axel et Vincent, les deux membres du groupe.

Interview publiée dans Versus # 10.

MY BLOODY VALENTINE “Instrumental B” (extrait du 7″ Instrumental)
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Axel : Primal Scream ? C’est très dreamy, hypnotique. Je ne vois pas.
Vincent : C’est un truc récent ? Non ? C’est fou, ça sonne hyper récent.

C’est un titre assez rare de My Bloody Valentine. Votre album The Arrogance Of Simplicity sort quatre ans après le premier maxi, qui avait généré un gros buzz à l’époque. C’est un délai long mais qui a plutôt joué en votre faveur au final. Le disque est très bien reçu, sans préjugés. C’était une volonté d’attendre aussi longtemps ?

Axel : Oui, définitivement. C’est marrant, on en parlait avec Vincent juste avant que tu arrives. Je pense que si le disque était sorti plus tôt, on n’aurait pas été prêts à revendiquer autant de trucs dedans. Tu sais, même si notre premier maxi est sorti directement sur Gigolo, notre façon de travailler était encore très archaïque à l’époque, on ne pouvait pas exprimer tout ce que l’on voulait, on n’avait pas les connaissances suffisantes pour ça.
Vincent :
On tenait aussi vraiment à se forger en live, à beaucoup jouer avant d’enregistrer. On a eu cette envie dès le début alors que ce n’est pas quelque chose qui se fait vraiment dans le milieu de la musique électronique.
Axel :
Et effectivement, on est nettement moins attendus qu’à l’époque, et c’est plutôt positif au final.
Vincent :
Ce qui nous fait plaisir, c’est qu’en même temps, les gens qui nous suivent depuis le début, qui connaissent le moindre de nos remixes, ont été, eux aussi, surpris par la tonalité très pop de l’album.

TV ON THE RADIO “I Was A Lover” (extrait de Return To Cookie Mountain)
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Axel : Je connais. M83 ? (dès que la voix arrive) Ah, c’est TV On The Radio ! J’adore. C’est les meilleurs.

La première fois où j’ai écouté votre album, j’ai immédiatement pensé à eux. C’est un des rares disques de ces dernières années qui mélange autant de styles tout en gardant une véritable cohérence du début à la fin, qui impose une identité très marquée, quelque chose de foncièrement personnel et unique qui va au-delà de la somme d’influences, qui reste pourtant évidente en même temps.

Déjà ça nous fait très plaisir que tu nous dises ça ! On a fait attention à ça, on voulait qu’il y ait une cohérence dans le feeling du disque. On voulait quelque chose de rock mais pas que, dans une veine proche de ce qu’ont pu sortir des labels comme 4AD.
Vincent :
Il y a aussi le côté “sautes d’humeur” typique des premiers albums. On passe d’un style à l’autre sans trop se poser de questions, et puis tous les morceaux ne datent pas de la même période, même s’ils sont tous assez récents. Et surtout, ce sont toujours des chansons, c’est le plus important. Il n’y a pas de titres foncièrement dancefloor, le format est très pop et je pense que c’est ce qui donne cette cohérence à l’ensemble.
Axel : (il écoute le morceau)
Notre son est quand même nettement moins noisy que celui de TV On The Radio. Mais je pense qu’il va nettement se durcir à l’avenir, on a vraiment envie d’aller vers quelque chose de plus brut. On va rester dans quelque chose de foncièrement dansant, c’est sûr, mais avec des éléments plus noisy, ou plus aériens, comme chez M83 par exemple, qu’on aime beaucoup. En fait, le truc ultime, ce serait d’arriver à un compromis parfait entre le son dancefloor et un groupe comme Arcade Fire, chez qui tu trouves un feeling et une richesse incroyables.

PREFAB SPROUT “The King Of Rock ‘N’ Roll” (extrait de From Langley Park To Memphis)
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(Immédiatement) Prefab Sprout ! “The King Of Rock ‘N’ Roll” !

A cause du morceau “Paddy Will Have His Revenge”, mais aussi parce qu’il y a un truc très fin 80/début 90 sur le disque, au niveau de la production, de l’ambiance générale. Ce n’est jamais vraiment rock, l’électronique sonne très organique, il y a un vrai équilibre entre les influences, on sent qu’il n’y a aucun complexe à ce niveau.

“Paddy Will Have His Revenge” c’est vraiment un hommage direct à Paddy McAloon. Il y a un an ou deux, il y avait cette pression partout du son très electro alors que nous on avait plutôt envie d’un truc comme ça, frais mais faussement frais, qui cache une certaine tristesse en réalité.
Vincent :
La production a vachement mal vieilli mais c’est un groupe que personne ne revendique alors que c’est énorme, il y a un truc incroyablement fort au niveau des mélodies.

THE SISTERS OF MERCY “Lucretia My Reflection” (extrait de Floodland)
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Axel :
Les Sisters Of Mercy !

Vous vous êtes principalement faits connaître avec votre reprise d’ “Alice” des Sisters Of Mercy. Vous vous êtes mis d’un coup les clubbers et le public dark dans la poche (rires).

Oui, on a un public très mélangé, qui vient du rock, de l’electro, de la scène plus dark effectivement. Et c’est ce qui nous plaît parce qu’on écoute tout ça, on ne s’est jamais limités à un truc en particulier. J’adore ces morceaux comme “Lucretia”, parce que ce sont des super titres de rock au sens large du terme, la ligne de basse est mortelle… D’ailleurs, un groupe comme les Sisters n’ont jamais dit qu’ils faisaient autre chose que du rock au départ.

MINIMAL COMPACT “Nil Nil (Rub N Tug Remix)” (extrait du 12″ Give Us Something !!!)
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Ça m’énerve, je sais ce que c’est… C’est Minimal Compact !

Sammy Birnbach (ex-chanteur de Minimal Compact et aujourd’hui plus connu sous le nom de DJ Morpheus) apparaît sur votre album, tout comme Dierdre Dubois, l’ex-chanteuse d’Ekova. Ce sont des collaborations que vous aviez prévues ou bien c’est dû au hasard des rencontres ?

Avec Sammy, ça s’est fait naturellement. On est amis avec lui depuis quelques années. Il avait adoré la reprise des Sisters Of Mercy sur notre premier maxi, il la jouait dans ses sets, et il en parlait partout en disant que notre version était meilleure que l’originale (rires) ! Et on l’a finalement rencontré un soir où on jouait à l’after-show de Human League. On est d’ailleurs en train de produire son premier album solo, qui sortira courant 2007. Dierdre, on a fait appel à elle directement. On l’a découvert quand on était plus jeunes, il y a plus de dix ans maintenant. On l’avait vue en première partie de Cure avec Ekova, son groupe de l’époque, et elle nous avait scotchés. Il y a dans sa voix ce côté Cocteau Twins qui nous a immédiatement séduits et qu’on voulait absolument retrouver sur notre disque.

THE KNIFE “Heartbeats (Planningtorock Remix)” (extrait de la compilation Carousel Of Souls)
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On dirait “Lullaby” de Cure…
Vincent :
C’est The Knife ! C’est marrant parce qu’il y a deux ans, en Suède, tout le monde nous comparait à eux et c’est comme ça qu’on a découvert.
Axel :
Super morceau.
Vincent :
Ce remix est hyper bien, je ne le connaissais pas.

C’est un groupe qui crée un véritable univers visuel, très théâtral, lors de ses concerts.

Axel : On n’a pas encore eu l’occasion de les voir mais il paraît effectivement que c’est très impressionnant sur scène, visuellement. C’est quelque chose d’important aussi pour nous. Tout le truc des fringues, des masques, bien sûr, mais aussi tout simplement l’envie de vraiment laisser une impression visuelle aux gens. Déjà, contrairement à la plupart des groupes du genre, on n’aime pas trop construire le set, aller crescendo. On préfère attaquer directement sur un truc qui avoine.
Vincent :
Pas de warm-up (rires) !
Axel :
Comme Cure quand ils arrivaient sur scène et démarraient avec un gros morceau genre “Shake Dog Shake”.

JIM CARROLL “People Who Died” (extrait de Catholic Boy)
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Axel : C’est une reprise de “Ça Plane Pour Moi” ? (rires) Ce sont les mêmes accords.

C’est un morceau assez populaire aux USA, nettement moins en Europe. C’est Jim Carroll, qui est plus connu en tant qu’écrivain (The Basketball Diaries). Vous avez souvent dit que vos influences littéraires étaient aussi importantes que vos influences musicales. L’album s’ouvre sur un morceau intitulé “Demian”, qui fait directement référence au livre de Herman Hesse, il y a un texte de Chloé Delaume dans le livret…

Oui, c’est d’ailleurs pour ça qu’on a beaucoup bossé sur les textes. Parce que je trouve que c’est vraiment ce qu’il manque à la musique dansante en règle générale.
Vincent :
Ça se résume souvent à trois phrases répétées en boucle… Et on avait envie de faire de vrais textes.
Axel :
Mais on a tenu à le faire sans prendre la tête aux gens, en balançant juste des références ici et là, des petits trucs. On a demandé un texte à Chloé parce que c’est une amie et qu’on savait qu’elle ferait quelque chose de beau et sobre à la fois. Pareil pour Sammy, on adore sa façon d’écrire, très personnelle, très poétique. Je trouve ça bien de pouvoir danser intelligemment, non ?

HOLDEN “Lump” (extrait de The Idiots Are Winning)
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Aucune idée…

C’est James Holden, une des figures de la scène minimale. Quand on vous voit sur scène, qu’on écoute votre disque, on a l’impression que c’est tout ce contre quoi vous voulez aller.

Ouais, c’est un truc qui ne nous intéresse pas vraiment. Il faut dire qu’on a eu une très mauvaise expérience avec toute cette scène-là. On s’est retrouvés en studio à Cologne il y a quelques années avec certains de ces mecs, on a vu comment ils bossaient et c’est vraiment du foutage de gueule. Ils enregistrent trois boucles sous ecsta, mettent le tampon “Made In Cologne” sur le disque, et hop. Et je te parle de types assez connus en plus !
Vincent :
Ces mecs-là salopent le genre et font que de plus en plus de gens réagissent assez violemment à ce style de musique, alors qu’il y a des choses très bien, mais qui, au final, ne représentent qu’un dixième de la production totale dite minimale.
Axel :
On a souvent joué sur des affiches axées minimale, on déboulait avec notre truc très rentre-dedans, très rock, et les gens étaient hyper contents, parce qu’ils se faisaient chier (rires).

VITALIC “You Are My Sun” (extrait du 12″ Bells)
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C’est Agoria. Non ? T’es sûr ? Je connais…
Vincent :
Merde, c’est un tube en plus ce truc…

Ce n’est pas son morceau le plus représentatif, c’est beaucoup plus dur que ça d’habitude.

Ah, c’est Vitalic ! Merde, on va se faire défoncer là (rires).

C’est quand même votre nouveau patron (rires) !

Oui, on l’a rencontré il y a un moment déjà, on avait fait pas mal de dates ensemble, il faisait aussi partie des Français de Gigolo avec The Hacker et David Carretta, qui sont tous devenus des amis. Ce sont des mecs qui font une musique très dancefloor mais qui sont très ouverts, qui ont exactement les mêmes références rock que nous. Du coup, Pascal comprenait un peu mieux que Gigolo ce vers quoi on voulait aller. Et puis le fait de bosser avec des gens installés en province nous plaisait aussi. C’est bien d’aller voir un peu ailleurs et de ne pas s’enfermer dans une de ces micro-scènes parisiennes de merde.

One Response to “The Penelope[s] - Citizen”

  1. #1 Crame says:

    Il y a aussi un truc qui ne tient pas des références musicales et de la manière dont les chansons sont foutues. Je trouve que cet album est émouvant, d’une façon dont je ne pourrais pas trop parler mais qui est proche de celles dont justement TV On the Radio, Arcade Fire et The Knife peuvent m’émouvoir.
    Ce n’est pas les paroles, j’y comprends rien. :-)
    D’ailleurs pourquoi ne sont-elles pas retranscrites dans le livret si elles sont importantes ? En tant qu’amateur de musique électronique, j’ai vraiment ce besoin de paroles, aussi.

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