“On était parti pour fêter les 10 ans du Pulp - notre petit club chéri a pas mal fait bouger les gouines, les hétéros, les pds, les moitiés moitiés, les bizarres …. On a essayé d’imposer une autre manière de voir la nuit à Paris, plus “démocratique”, moins people. Un espace ou les rapports hommes / femmes , riches / pauvres , branchés / ploucs …… étaient différents - un espace d’expérimentation musicale où les artistes n’avaient pas besoin d’avoir vendu 10000 copies pour etre bookés. Un espace où on pouvait mixer de la minimale, du rock ou de la country dans la même nuit….
On allait célébrer les 10 ans à partir de janvier / fevrier pour tout faire péter à la Gay Pride de juin 2007. Et puis voilà , un monsieur a racheté l’immeuble pour en faire des apparts de luxe avec parking intégré.
C’est sûr, une boite pourrie au rez-de-chaussée, pleine de jeunes sur-excité(e)s devant des dj en sueur, ça le fait pas - c’est sûr, une boite pourrie au rez-de-chaussé pleine de garçons en mini short et de filles à moustaches les vendredi, ça le fait pas. Des parking c’est plus calme.
Le Pulp devra tomber le rideau le 31 mars 2007. Eh oui, on ferme le 31 mars. Bang la nouvelle dans ta tête. Ça fait tout bizarre d’y penser et encore plus bizarre de vous l’écrire. MAIS ! ! ! On ne se laisse pas abattre ! ! ! Peut être va-t-on ré-ouvrir ailleurs. Peut être pas.
On verra bien …… en attendant on est sur le pied de guerre pour préparer la sortie en beauté.
Rendez-vous en février pour le début des festivités, et comme on dit chez nous : le Pulp est mort, vive le Pulp !”
Si je devais résumer le Pulp à un seul morceau, ce serait “Burning Down” de Tiga, bande-son immortelle d’un été beau et cruel comme ces Californiennes hurlant leur immorales envies d’action dans la nuit pendant que, sur les hauteurs de sa funeste cité, mère-grand renversait le verre d’eau qui aurait pu lui sauver la vie. 2003, so much to answer for.
London’s burning down down down
New York’s burning down down down
Mais quel feu désormais pour envahir les rues de Paris, si ce n’est celui des mornes chaudières maintenant à température de survie les milliers de carnes qui régneront bientôt sans partage sur un pays capable de baptiser ses enfants Cyril ou Sandrine ?
Après tout, il y a toujours une cigarette qui t’attend quelque part. Et le feu qui va avec.
Dans la petite famille du Pulp, il y en en tout cas une qui a toujours su se servir des claques comme d’un raccourci pour passer à l’étape supérieure : Fany Coral, indéfectible activiste, militante de la première heure et Kill The DJ-en chef.
Créé sur un coup de tête, développé par le hasard des rencontres, maintenu en vie par une passion indéfectible, Kill The DJ Records aurait très bien pu ne jamais exister. Au départ, une simple soirée montée dans l’urgence après l’arrêt un rien brutal d’une émission de radio dont le seul tort avait été de ne pas sous-estimer l’intelligence de ses auditeurs. Une soirée comme on n’osait plus en espérer, où Kid Congo Powers partage la scène avec Andrew Weatherall, où l’on peut ravager ses semelles sur Ministry et écouter Scott Walker dans l’obscurité totale. Fixée pour la postérité sur un premier disque (l’indémontable How To Kill The DJ [Part One] mixé par Ivan Smagghe), elle donnera naissance, sans vraiment le vouloir, à un label qui en sera le reflet direct. Sauvage, imprévisible et pourtant toujours cohérent.
KILL THE DJ - Voix de traverse
Interview avec Fany Coral, réalisée en septembre 2006 et parue dans le #9 du magazine Versus.
Je vivais à Carcassonne, où je faisais une école d’audiovisuel. Début 90, je me suis pris l’explosion des raves dans la gueule, et j’ai commencé à organiser des soirées. D’abord des free parties, puis des choses plus structurées, avec des moyens plus importants. Et en 95, je suis partie à Paris pour travailler sur Radio Nova, avec Gilb’R que j’avais rencontré quelques mois auparavant. J’y ai passé 6 ans, je m’occupais des DJs et je produisais des émissions. C’est comme ça que j’ai rencontré Ivan Smagghe, avec qui j’ai lancé l’émission Test, qui a duré 3 ans. Après quoi on s’est fait jeter… Ils voulaient rentabiliser la radio, et nous, ce qu’on passait, ça n’intéressait personne (rires). On nous a fait comprendre qu’il valait mieux passer les Stones plutôt que Boards Of Canada. Alors on est partis. Entre temps j’ai rencontré les filles du Pulp et j’ai commencé à organiser des soirées là-bas. No Dancing Please, puis Kill The DJ.
Dès le départ, Kill The DJ allait totalement à l’encontre de ce qui se faisait à l’époque en termes de soirées. On sentait qu’il y avait une vraie démarche culturelle.
On voulait faire quelque chose de différent, aussi bien au niveau du graphisme et de la manière de communiquer, que de la programmation. Quand on a commencé, en 2001, il n’y avait pas de live rock dans les soirées, on était en pleine période deep house et nous, on voulait faire quelque chose de plus rock & roll, de plus sauvage. L’envie de proposer autre chose, mais aussi parce que ça correspondait plus à la culture d’Ivan. Et puis le Pulp, c’est un endroit très arty à la base. Tu as connu le fanzine Housewife ? Tu vois, ça résume parfaitement l’endroit. Un club de gouines arty (rires).
Un an après la première soirée, sort (How To) Kill The DJ [Part One]. Le label n’existe pas encore officiellement et le disque sort chez Tigersushi. 14 titres mixés par Ivan Smagghe, sélection pointue d’electro sombre, crade, élégante, sauvage et sexy où les bombes en devenir (In Flagranti, Chelonis R. Jones, Ferenc, Crowdpleaser) côtoient les plus improbables remises à jour (remixes de Ministry et Soft Cell, reprise de Queen par Queen Of Japan). Un travail de restauration qui s’exprimera de manière encore plus plus directe sur les disques qui suivront (les maxis Exhibit A et B où sont revisités des titres de Tones On Tail ou Severed Heads, ou la réédition du Just Gazing d’In Flagranti, devenu introuvable un an à peine après sa sortie sur le label Codek).
C’est Gilb’ R qui m’a dirigé vers Tigersushi. À l’époque, leur label démarrait, on ne se connaissait pas du tout. On leur a proposé le truc et ils ont été immédiatement emballés par l’idée. C’est vraiment parti d’un coup, comme ça. C’est une histoire de rencontres, rien de plus. Moi j’ai jamais eu l’intention de monter un label, je sais pas trop ce que je fous là (rires). Je voulais continuer à bosser à la radio, mais il s’avère que les radios à Paris, t’en as vite fait le tour, alors voilà, on est parti à l’aventure (rires) !
Il faudra presque deux ans pour que le deuxième volet de la série voie le jour. Et pour cause. Réalisé par le duo écossais Optimo (JD Twitch et Johnnie Wilkes), (How To) Kill The DJ [Part Two] télescope 40 ans de culture rock et electro en un peu plus de 60 morceaux. Une boucle de Laibach fait exploser le thème d’Assault On Precinct 13 de John Carpenter, provoquant un carambolage hystérique et jouissif dans lequel viennent s’encastrer dans l’anarchie la plus totale Revolting Cocks, Depeche Mode, les Cramps, Gang Of Four, Akufen, Grauzone, Nurse With Wound, Blondie, Suicide, Carl Craig et Funkadelic. Demesuré, excessif, unique et imparable.
Ivan m’a parlé de ces deux types qu’il venait de rencontrer et qui mixaient toutes leurs collections de disques de façon incroyable. On les a donc invités au Pulp et ça a été un véritable coup de cœur. Musicalement et humainement. J’ai été ultra impressionnée par la culture de ces mecs. Ils savent tout sur tout, avec une culture à la fois très underground et hyper large. On était encore de mèche avec Tigersushi à ce moment, et heureusement d’ailleurs, parce que c’était un projet ultra lourd à gérer. Plus de 60 titres à clearer, c’est l’horreur quand tu n’y connais rien (rires). On était encore des branleurs à l’époque. On s’emballait comme des gamins pour des trucs et se retrouvait à ramer comme des fous derrière (rires). Mais Tigersushi avait de plus en plus de boulot, et ça devenait très difficile pour eux de suivre à la fois leur actu et la nôtre. On a donc décidé de monter notre propre structure pour les maxis, tout en continuant à travailler de manière plus ou moins directe avec eux pour les albums. Et puis, petit à petit, on a pris notre indépendance et on est devenus un label à part entière, complètement autonome. Ça s’est fait tout naturellement. Tout a vraiment commencé à se mettre en place avec l’album d’Aswefall.
Bleed, le premier album d’Aswefall sort au début de l’été 2005. Un disque qui résume à lui seul Kill The DJ : sombre, exigeant, subtil, insaisissable, mais toujours accessible. Puisant dans ses racines post-punk et new wave, le duo ignore toute limite de style et s’invente un langage aussi familier qu’inédit. Dans la foulée, sort Amoureux Solitaires , reprise du légendaire morceau de Lio par Jennygoesdirty (collaboration entre Jennifer Cardini et le groupe Henry Goes Dirty), sur un maxi à la pochette on ne peut plus appropriée : un vibromasseur en métal sur fond noir.
L’aspect visuel a été quelque chose très important, dès le départ. Pour les flyers des soirées, comme pour les pochettes de disques. On était très influencés par le surréalisme, le situationnisme, les slogans de Mai 68. Parce qu’on voulait insuffler un aspect politique à tout ça. Je ne supportais plus cet “hédonisme de la nuit parisienne”, ça me faisait chier. Le fait que personne n’ait rien à dire dans ce milieu, je trouvais ça catastrophique. Faire des soirées, c’est aussi un moyen de s’exprimer, de faire bouger les gens. Et il ne faut pas oublier que ça se passe dans un club de lesbiennes, il y a un côté militant évident. On aurait très bien pu déménager la soirée ailleurs pour avoir plus de monde, mais on ne l’a pas fait parce que c’est important pour nous d’être là et pas ailleurs. Je suis réellement attachée à cet endroit. Pour ce qu’il représente, politiquement et socialement.
Kill The DJ et le Pulp, membres indissociables d’une même famille. La famille, justement, sujet central de The Dysfunctional Family, nouvelle compilation qui sort au printemps 2006, mixée à quatre mains par Chloé et Ivan Smagghe. Au-delà d’un simple disque, un véritable manifeste sur la ligne artistique et politique du label.
Au départ, c’est une histoire d’amitié, entre Chloé et Ivan, qui à force de se retrouver à mixer ensemble, ont appris à se connaître et, petit à petit, ont développé une véritable complicité. Je trouve que l’un sublime l’autre. Chloé annihile les excès d’Ivan et vice-versa. Ça resserre le spectre sonore pour ne laisser au milieu que ce truc magique et super cohérent qu’ils ont réussir à créer tous les deux. Mais on ne voulait surtout pas faire un mix de club. Plutôt quelque chose qui se rapproche du warm-up, avec des trucs plus lents, plus rock, plus sombres. Et puis bien sûr, il y a le discours derrière le projet. L’idée de départ, c’était de développer une réflexion sur les notions de couple et de genre. Aller à l’encontre de ce normalisme hétéro-centré qui pourrit et étouffe la société dans laquelle on vit, des notions immuables du couple, de la famille, toutes ces choses qu’on t’envoie dans la tronche étant petit, tout ce qu’on essaie de t’imposer comme des valeurs uniques d’épanouissement social. Je me suis toujours beaucoup interrogée sur ça, notamment au sein du Pulp, où avec les filles on aime bien par exemple se mettre des moustaches, se bander les seins, bref, se transformer en garçons. Et puis avec l’édition en France l’an dernier -avec 15 ans de retard, à la traîne comme d’habitude- de Trouble Dans Le Genre, le livre de Judith Butler sur le sujet, ça tombait plutôt bien.
Est-ce que tu considères Kill The DJ comme un label politisé ?
Oui. Définitivement. On fait ce label parce qu’on aime la musique, mais on est tous plus ou moins impliqués chacun de son côté. Bon, je suis un peu la tête de chien du lot, toujours à gueuler le poing en l’air (rires), mais si je fais ce label c’est pour dire des choses et défendre autant une idée de la musique qu’une idée de la politique, c’est évident.
Toujours se remettre en question, être constamment là où on ne l’attend pas, Kill The DJ continue de surprendre avec la sortie des maxis de Remote (electro rampante, vicieuse, tendue, traversée de charges acides) et Dynamo (labyrinthe chimique menant droit à l’extase krautrock).
On refuse de se limiter à un son parce qu’on écoute de tout, c’est aussi simple que ça. Wanda Jackson, Townes Van Zandt, Nick Drake, que j’écoute toutes les semaines depuis dix ans sans m’en lasser. Les six ans que j’ai passés à Nova m’ont permis de découvrir des tonnes de trucs incroyables comme Pharoah Sanders ou Sun Ra. Il y a des choses qui me plaisent dans absolument tous les genres de musique. Sauf la musique classique, qui m’angoisse profondément… Tout cet espace grandiloquent et royaliste, ça me fait peur (rires). Au final, j’écoute très peu de musique électronique chez moi. Les artistes electro capables d’écrire des albums qui tiennent la route de bout en bout et qui durent, c’est très rare. Il y a quelques exceptions, comme Two Lone Swordsmen. Ça fait partie, pour moi, des groupes qui resteront, c’est puissant, intemporel. C’est ça la vraie difficulté quand tu as un label. Sortir des disques que les gens auront toujours envie d’écouter des années après leur sortie.
Faire vivre un label en 2006, ça représente quoi ?
C’est dur, très dur. J’apprends vraiment aujourd’hui ce qu’est ce métier, ce que ça implique de vouloir vivre au travers de la musique. Tu ne peux pas te contenter de sortir des disques. C’est pour ça qu’en plus du label, je travaille au Pulp et je dirige une association. J’ai aussi bossé sur la musique d’un spectacle de danse contemporaine. C’est incroyablement enrichissant, ça t’ouvre à d’autres discours, d’autres visions de la musique.
Été 2006, Kill The DJ enchaîne avec un second maxi d’Aswefall, Youngeez, et le fascinant Around:Overhead, nouvel EP de Chloé, avant la suite, fatalement prometteuse.
Le gros projet en cours, c’est l’album de Jason Andrews. Je suis vraiment excitée par la musique de ce type, un Américain qui vit en France depuis de nombreuses années. Il joue de la folk très sombre, quelque chose de très habité… Il fait ça depuis 15 ans, il a commencé quand il était adolescent et il a enregistré des dizaines de disques qu’il a toujours refusé de faire écouter à qui que ce soit. Il faisait ça pour lui et ses enfants. C’est un disque qui nous tient vraiment à cœur. Il y aura aussi l’album de Chloé, qui risque d’être assez surprenant. Et puis le nouveau Aswefall, sur lequel le groupe est actuellement en train de travailler.




March 11th, 2007 at 2:38 pm
le pulp ferme en juin finalement? c’est cool c’est toujours 3 mois de rab
March 11th, 2007 at 2:56 pm
Ouais, de ce que je sais, un vice de procédure dans le rachat du bâtiment, donc ça reste ouvert un petit moment encore, whoo-hoo !
March 12th, 2007 at 1:57 pm
Nan mais c’est moi qui ai mis un bid dessus…
March 12th, 2007 at 6:03 pm
Beaucoup de gros respect à Fany.
Mais bon, c’est vrai que c’est chiant, Boards of Canada.
March 12th, 2007 at 6:10 pm
ben moi j’ai envie de dire beaucoup de respect à Fany ET à Crame pcq c’est des soirées bien cools mort aux jeunes