
La première fois qu’on a entendu Justice, c’était sur cette compil . Une succession de titres dans l’air du temps, ambiance DFA/ Electroclash, rien d’extraordinaire mais déjà ce « never be alone », largement plus accrocheur que le reste. Un truc qui sentait déjà le tube à plein nez même si on était loin de penser que, 3 ans après, ces mêmes inconnus, gentiment efficaces sur une énième compil disco punk deviendraient la coqueluche de toute la jeunesse en quête de sensations fortes sur les dancefloors. Retour sur une ascension fulgurant.
Dans cette nouvelle interview réalisée juste avant les Nuits Sonores (fin mai 2006), vous apprendrez comment une raclette, modeste assemblage de fromage montagnard, de charcuterie et de pommes de terre porte aujourd’hui la responsabilité du succès des meilleurs remixeurs de l’hexagone. En dehors de bouffe, on parle aussi musique, futur album, gaudriole, et puis nouvelle touche française.
Allez, viens lire…
Racontez nous comment est né Justice..
X : On s’est rencontré en 2003 par des potes de potes. Ils avaient un micro-label
qui s’appelait MuscloRecords et faisaient une compil genre parodie de l’Eurovision.
Ils ont alors demandé à tous les gens qui les entouraient de faire des morceaux
qui soient des sortes de mini hit super pop. On se connaissait à peine à l’époque.
On s’était juste vu 2 fois mais on a tenté de faire quelque chose ensemble et on
fait ce morceau où Gaspard chante dessus ! Un truc à la Buggles super long. Cétait tout
pourri, mais on s’est quand même bien amusé, on a donc fait le concours de
remix pour Simian dans la foulée.
Il parait que Simian n’a pas aimé le remix au début..
X : Les gars ont du trouver ça un peu pute sur le moment, et se sont donc rués
sur les remixes un peu bizarres saturés.
Donc c’est grâce à ce morceau vous vous êtes fait remarquer par Pedro Winter ?
X : Non, en fait So Me, le DA de Ed Bnager Records, qui avait aussi fait un
morceau pour la compil MusclorIl bossait déjà avec Pedro depuis quelques mois.
Un jour Gaspard a fait une raclette chez lui, et Pedro, fan de raclette s’est incrusté à ce
dîner ! C’était donc une des premières fois en fait qu’on voyait Pedro, et au fil de la
soirée on décide de lui faire écouter ce remix, le seul truc qu’on avait sous la
main. Il a aimé, on s’est revu et une semaine après c’était bouclé
G : C’est ça qu’on apprécie chez Pedro, il ne parle pas dans le vide. Quand il dit «
on le fait » c’est qu’on le fait.
X : C’est vrai que cest assez rare dans ce milieu, , les gens qui parlent et qui font
vraiment les trucs.
Justice c’est donc assez récent par rapport au buzz actuel sur vous Comment ça
vous fait réagir cette accélération des choses?
X : Je crois surtout qu’on vit dans un milieu assez petit ou tout le monde parle un
peu des mêmes choses. Du coup t’as l’impression que certains trucs sont
vraiment énormes et que t’as un buzz de fou mais au final ça reste assez
confidentiel selon nous. Ma voisine qui a mon âge ne connaît pas Justice.
Oui mais quand on voit les remixes que vous avez fait pour pas mal de grosses
pointures internationales, on se dit quil se passe quelque chose !
G : Déjà il faut dire que comme partout, les connections jouent Ensuite les DA des
maisons de disque sont des gens qui trainent spécialement dans ces petits
milieux et donc ils ont les oreilles assez ouvertes Mais encore une fois on n’est
pas encore plus médiatisé que ca, on est connu dans certains milieux, pour les
Parisiens qui vont au Paris Paris ou pour quelques DA pointus.
Vous avez un peu la pression, en tant que groupe « phare » de l’écurie Ed Banger.
G : Ah non, on s’est fait doubler par Uffie ! (rires)
X : bah on a été un peu mis en avant car on fait partie des premiers artistes qui
ont signé sur Ed Banger, et notre remix de Simian a été un mini hit, mais notre
histoire en est encore au commencement.
Et justement votre album arrive quand ?
X : Janvier 2007 normalement.
Quel en sera l’esprit, la direction ?
G : On essaie de faire un mini opera disco. Donc plutôt mélodique avec beaucoup
de variations et de changements. Evidemment, on a aussi fait des tracks vener et
répétitifs mais édités de façon assez courte pour garder un petit coté pop.
Et au niveau des invités sur votre album ?
G : On ne veut pas encore trop en parler pour l’instant mais on a pris que des
proches, des gens de notre entourage.
Vous n’avez pas peur que votre son si reconnaissable devienne un piège ?
G : J’ai pourtant l’impression qu’on a changé radicalement de style pour chaque
remix. Mais ça me fait plaisir que tu dises que notre son est reconnaissable parce
qu’on arrive pas à avoir du recul par rapport ça.
En fait je pensais plutôt à une signature sonore qu’on retrouverait à chacune de
vos compos
X : Oui c’est vrai, car nous utilisons un kit de son assez réduit, nous ne travaillons
pas avec beaucoup de machines. Par exemple, les sons de batterie, on utilise les
mêmes depuis le début. Mais on a cette volonté de rester assez « rough ».
Question inévitable : qu’est-ce que ça vous inspire le fait qu’on parle de vous
comme les nouveaux Daft Punk ?
X : Evidemment on ne peut pas passer à coté de ça, car on est un duo et on a
Pedro derrière nous. Bon, je sais pas si vous vous souvenez de Sex in Dallas ou
même Mylo, Cétait aussi les nouveaux Daft Punk. Je pense que dès qu’un nouveau
groupe électronique fait un mini buzz on les compare aux Daft parce que les
journalistes ont besoin de poser des repères et de s exciter mais il n y aura
jamais de nouveaux Daft Punk, ou de nouveaux Beach Boys, il y a juste des
nouveaux groupes.
Mais, on commence à vous voir pas mal à l’étranger, vous avez l’impression d’être
perçus comment là bas ? Un peu comme cette nouvelle révélation française ?
G : Ouais, en Angleterre, il y a des fanatiques, les mecs connaissent tout ce qu’on
a fait. Mais de manière générale ils sont plus au jus la bas qu ailleurs.
X : On joue souvent à Fabric, je pense que l’endroit en lui-même est assez
cauchemardesque en tant que client mais quand tu joues, c’est un plaisir d’avoir
devant soi une bassine remplie de 2000 personnes prêtes à se faire tabasser !
(rires)
Et vous avez aussi fait quelques dates aux Etats Unis ?
X : Ouai on a fait 3-4 dates là-bas, notamment la winter conference à Miami,
ensuite à New York pour rencontrer les mecs de Vice parce qu’on venait de signer
chez eux. Bon globalement c’était vraiment tout pourri sauf la grosse soirée de la
Winter avec DFA, Peaches, Dj Hell et tout, ça c’était vraiment sympa. Ce qui est
marrant aux US cest que ce n’est pas vraiment une scène et les djs un peu
branchés genre Erol, 2 many ou nous (rires) jouent davantage dans les lounges,
et dans les bars des hôtels.
G : c’est un peu les seuls qui peuvent payer le voyage.
X : Les grands clubs c’est plus pour les Roger Sanchez, Junior Sanchez, ces gars
là. Il n’y a pas encore de fête avec des Djs dans les clubs de rocks, donc quand tu
joues là bas tu te retrouves souvent dans des hôtels.
Vous y rencontrez quel type de public ?
X : Ben en fait tu y croises les habitués de ce genre d’endroits, pas vraiment des
gens qui deviennent hysteriques, mais tu avais aussi quelques curieux qui voulaient
savoir ce que c’était que Justice. Mais la grande grande majorité, ce sont des gens qui
viennent là parce que c’est samedi soir et qu’il faut prendre un verre, tu avais
l’impression d’être sur les Champs Elysées et de jouer au VIP room, donc pas
terrible !
G : Ce qui complique aussi, c’est que dans certains bars il est interdit de danser !
Tu es dans le truc, tu commences à t’enflammer un peu et tu as un grand renoi qui
arrive et qui te fait « Behave ! ».
C’est ce que nous disait In Flagranti, en gros il aimait bien venir en Europe parce
qu’il avait l’impression que New York perdait sa liberté.
X : Pas faux, mais cela dit, pour nous New York ça reste la meilleur ville du
monde, et ce que tu peux perdre en soirées etc., la ville en elle-même te le rends.
Ça ne me dérangerait pas du tout d’y habiter.
Ouai mais est ce qu’en tant qu’artiste, ce n’est pas un peu bizarre de ne pas avoir
de lieux où s’éclater, où se produire ?
X : j’ai l’impression que c’est en train de changer, justement la fois où on y était,
Vice a organisé une mini fête pour nous, bon ça a été un fiasco, mais ils
commencent à essayer de mettre des dj dans des clubs rocks ou dans des salles
de concert. On a été les cobayes et c’était vraiment pas terrible. Mais ce n’est pas
figé et ça va changer.
G : Et puis il faut se méfier, pour chaque ville, les habitants vont te dire « ouai c’est
naze ici il ne se passe rien etc. » Tout le monde est blasé. Regarde Paris le
nombre de personnes qui te disent quelles sont blasées.
Faut dire qu’à Paris, tu n’as pas vraiment beaucoup de nouveautés niveau clubs…
X : Ca y est, t’es blasé ! (rire) Nan mais honnêtement regarde tous les soirs t’as un
truc intéressant à aller voir. On ne serait pas à sortir tous les soirs si c’était
vraiment si mort.
G : Alors forcément si tu compares à Londres (Ndlr : Et ouai mon gars !) c’est 7
fois plus grand et puis les gens y sont plus éduqués musicalement.
X : Si tu vas dans un HMV ou un Virgin à Londres, c’est impressionnant de voir
que les trucs mis en avant sont de bien meilleure qualité qu’en france.
Pour en revenir à vous, j’ai l’impression que par votre musique ou celle que vous
jouez en soirée, vous réussissez à séduire un public pointu mais aussi un public
plus large, est ce que c’est quelque chose que vous recherchez.
X : Quand on joue en DJ, c’est vraiment du divertissement. Si tu nous as déjà vu tu
sais que parfois ça peut se transformer en Boulevard des Hits (rires), mais je
revendique complément le côté amusement du mix. En fait on met des morceaux
qu’on aime vraiment et parfois c’est des trucs que tout le monde connaît vendus à
des millions d’exemplaires. En tout cas on n’essaye pas de prouver quoi que ce
soit au public. On n’est pas genre « je vais t’expliquer l’electro », même si y a des
mecs qui le font et que je trouve ça mortel ! On ne court pas après la crédibilité.
La dernière fois au Paris Paris, vous me disiez que vous aviez un peu peur de
lasser le public, est ce que le niveau de médiatisation c’est un truc que vous
surveillez?
X : En théorie on se dit « bon faudrait éviter de jouer là-dedans » mais on finit par
le faire parce que ça nous amuse. Pareil on voulait arrêter de jouer à Paris mais au
final ça nous plait et on nous propose des trucs cools, donc on le fait.
Dans vos Dj Sets, c’est plus Xavier qui est mis en avant, pourtant Gaspard, à la
boule noire par exemple, ton set était excellent.
G : Le truc c’est que je suis au niveau 0 du mix, j’ai toujours laissé faire X et il est
devenu super bon !
X : Roooh arrête ! J’ai appris sur le tard ! Justice en Dj je le vois vraiment comme
une heure d’hystérie. Moi aussi j’avais adoré le voir jouer avec Kavinsky, parce que
le truc c’était plus faire découvrir des morceaux aux gens, et les morceaux en
question étaient mortels.
G : Mais dans le genre de soirée où on joue, tu as un impératif de tabasserie, et il
faut un mix super rapide. Avec Xavier les morceaux restent 30 secondes.
X : Cut Killer !!! Dans les soirées vraiment mortelles, quand ça prend vraiment on
finit souvent à pousser les morceaux les uns après les autres comme ça !
Les 2 many vous ont influencés là-dessus ?
X : Ben ils étaient là en premier, donc oui c’est sûr. En même temps, je n’ai jamais
été un gros client d’électronique, alors même si on en joue beaucoup, on a besoin
d’envoyer un morceau différent qui va twister l’ensemble. Evidemment c’est la
même envie d’amuser que celle des 2 many.
Ta prestation avec Erol Alkan à la Boule Noire a particulièrement marqué les gens
présents ce soir là, c’était préparé ?
X : Nan pas du tout, mais bon on a du joué 2000 fois avec lui donc il nous
connait bien. Il a d’ailleurs une vision caricaturale assez marrante de notre son.
Juste avant il m’a appelé en me disant « bon j ai fais une sélection “justice” j ai pris
que des disques de Big Beat et “fucked up electro” ». Cest un mec qui s’adapte
incroyablement. Ce qu’il joue à trash c’est fondamentalement différent. On la vu
jouer quasi transe à la Sven Vath, disco dans des soirées où il sait que ça ne
partira pas. Nous on s’est tapé des bons fiascos en festival parce quon n’avait pas
suffisamment de styles différents. Quand tu joues devant 2000 personnes, il faut
probablement utiliser des plus grosses ficelles que quand tu joues devant 200. À
Reims par exemple, on galérait un peu, le gars est arrivé il a pris les platines et
en trois disques il a rendu les gens fous. il sait comment faire.
A l’avenir, après cet album, envisagez vous de vous produire en live et si oui sous
quelle forme ?
X : Oui c’est prévu. Définitivement machines, je n’ai pas vraiment envie que Justice
devienne un groupe de rock parce que c’est un groupe électronique et puis en
2007 je crois que c’est un peu fini un groupe pop avec les grattes et tout ça
(rires). Au-delà de ça la musique que l’on fait n’est pas vraiment jouable avec des
instruments.
Vous faites vos morceaux, mais est ce que vous prévoyez un jour produire pour
d’autres, des morceaux plus grand public mais qui garderaient votre touche avant
gardiste, un peu comme ce qu’à pu faire Pharrel Williams au US pour des artistes
pop?
G : Mais carrément ! Produire une espèce de projet de variété ou de pop, une
espèce de variété française avec du style. Comme ce qu’a pu être à son époque
Michel Berger ou Balavoine. Balavoine c’était un des premiers mecs populaires à
bosser avec des séquenceurs et des synthés. Ses méthodes n’étaient pas
éloignées des nôtres et il a développé un son super froid, hyper intéressant.
Pour finir, c’est quoi l’actualité à court terme de Justice ?
G : On ressort « Never be Alone » avec un clip chez Virgin sous le titre « We are
your Friends ». On va tenter d’en faire un tube (rires).
X : On sort aussi un remix de Nazis pour Oizo qui sortira avec l’original et un edit de
Half a Scissor. Et certainement aussi un nouveau maxi d’ici la fin de l’été.
Interview réalisée par Clems, Olibusta & Arno initialement publiée sur nightsystem.com
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