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Après quelques jours de day off, voici l’interview d’une des Djs français les plus cotées actuellement. Jennifer Cardini.

Son ascension et sa renommée actuelle ne sont pas liées à un pauvre buzz éphémère mais résultent au contraire d’un talent jamais démenti depuis 10 ans avec un style un peu à l’antithèse des bouillies sonores qu’on nous inflige dans certaines soirées. Son travail derrière les platines est impressionnant de fluidité et de pertinence comme le confirme sa dernière compilation “Lust”, un des gros succés de 2005. Ses dernières productions en date commencent également à imposer son talent de productrice.

Une interview s’imposait donc… Interview faite dans la joie et la bonne humeur parce qu’en plus d’être plutôt douée niveau mix et , c’est aussi un plaisir de discuter avec elle.

Tu reviens du Japon où tu as mixé pour le nouvel an, comment ça se passe les soirées dans ces contrées « exotiques » pour la musique électronique ?

Ça s’est très bien passé. C’est toujours intéressant d’aller dans des pays où ça démarre quelque part même si à Tokyo, tu as quand même le Wire Festival qui est un gros truc. Tu as aussi pas mal de clubs et beaucoup de Djs européens viennent jouer là bas. Par contre dès que tu vas dans des plus petites villes comme Fukuoka ou Osaka, pourtant deuxième plus grande ville du japon, les clubs sont carrément plus petits. J’ai joué dans des clubs aussi grands que mon appart qui fait 55m² avec 100 ou 150 personnes! Ca fait vraiment plaisir d’aller dans tous ces petits endroits où tu sens que ça commence, où les gens commencent à mieux connaître la musique minimale, Kompakt et ce genre de son.

Et toi qui commence à avoir pas mal voyagé et mixé aussi bien dans ces petits clubs que des dans des gros festivals, est ce que tu arrives toujours à trouver la même excitation quand tu mixes ?

Honnêtement, j’ai été beaucoup blasé à un moment parce que c’était plus ou moins tout le temps la même chose mais depuis que je fais moins d’excés, je m’amuse beaucoup plus. J’arrive à apprécier le fait de voyager, d’aller loin, de rencontrer des gens, des choses dont tu ne te rends pas forcément compte quand t’es à fond la fête. J’aime bien notamment visiter les villes dans lesquelles je vais mixer. Cette année s’est passée hyper vite avec la sortie de Lust et les six premiers mois, je me suis peut être d’ailleurs un peu perdue dans la promotion du truc.

Cette compilation s’est bien vendue d’ailleurs ?

Ouais, ça a bien marché et j’ai fais 3,4 dates par semaines pendant plusieurs mois et du coup ça génère une certaine routine qui fait que tu vois plus certaines choses… tu vois plus le soleil qui se lève quand tu sors, tu ne prends plus de petit déjeuner en sortant du club, tu discutes moins avec les gens, t’es crevée, tu dors direct pour ensuite revenir en club une demi-heure avant de mixer pour repartir te coucher directement après etc. C’est un cycle infernal. Là maintenant, toute cette période de promotion est passée. Du coup j’ai un peu plus de temps à moi et je commence vraiment à profiter des retombées. Mais je t’avoue que je suis très fatiguée par l’année écoulée

Et l’année 2006, elle démarre comment ?

Déjà par un mois de vacances en Février ! A part ça, j’ai plus un seul samedi de libre jusqu’en juin donc ça veut dire que ça commence bien mais en même temps, vu que la promo est terminée, ça se passe plus tranquillement, moins dans le speed et l’urgence. J’ai l’impression de profiter de tous les sacrifices que j’ai fais l’année en en faisait que mixer, que mixer, que mixer. Là, ça sera plus tranquille, je vais sûrement faire moins d’after et plus me concentrer sur la production !

Justement, tu as une grosse reconnaissance en tant que Dj, est-ce que pour toi c’est important maintenant d’avoir cette reconnaissance en tant que producteur ?

C’est pas une histoire de reconnaissance parce que je suis pas en train de me dire que produire est le passage obligé après avoir acquis une renommée en tant que Dj. C’est vachement plus personnel et intime que ça. Je suis arrivé à point où en fait j’ai envie, j’ai besoin de donner plus. J’ai besoin de m’exprimer différemment parce qu’en tant que Dj, même si tu joues des disques magnifiques, ça reste les disques des autres.

Dernièrement, tu as sorti un remix pour Anja Schneider en compagnie de Shonky mais tu as aussi produit avec Remote, Laurent Ho, 22 Crew etc. Comment se fait-il que tu ne produises quasi jamais seule ?

C’est une façon assez naturelle pour moi de fonctionner. Les connections, le désir, le plaisir de travailler ensemble… Souvent je rencontre des gens en soirées qui me disent « ouais j’ai envie de devenir Dj, à qui je dois envoyer mon Cd ». Mais pour moi, ça n’a jamais fonctionné comme ça, ça a toujours fonctionné par rencontre. J’ai rencontré d’abord Sextoy, j’ai rencontré Martin de Kompakt, j’ai rencontré Fanny, j’ai rencontré Chloé, Ivan. Ça a toujours été très humain comme processus et c’est pareil avec la composition. Je rencontre des gens et on en vient à avoir envie de faire de la musique ensemble comme ça a été le cas avec Shonky, Laurent Ho, Damian Lazarus. Et puis, ça m’enthousiasme beaucoup plus de faire du son à 2 que toute seule. Certains gars sont très doués pour le mixage donc ça m’aide beaucoup. Mais le mixage, ça s’apprend, d’ailleurs je n’exclue pas d’effectuer un stage d’ingénieur du son quelque part. Même si il faut ensuite relativiser les techniques enseignées pour pouvoir développer son propre son. Par exemple quand je voulais faire des morceaux où je chantais j’avais pris des cours de chant, et je n’ai jamais aussi mal chanté que quand je prenais ces cours…

À la base c’est vrai que tu es connue comme la nana qui pose sa voix sur les morceaux électro.

Ouais, mais ça j’ai arrêté, tout ce que j’ai récemment fait est plus ou moins sans voix. Je n’ai pas envie d’être connue uniquement comme la fille qui pose sa voix. Une est très douée pour ça, on la connaît et elle assure grave (rire) mais on n’a pas le même timbre de voix et on ne dit pas la même chose. J’en discutais avec Fanny (Kill The Dj) et Martin (Kompakt) et c’est vrai que ça ne sert à rien de faire des voix pour tout le monde si ça ne vient pas forcément de choses que j’ai envie de dire.

« Amoureux Solitaires » est donc le dernier morceau chanté ?

Ouais et encore si tu me connais très bien tu sais que les paroles me vont très bien contrairement à « Me and Madonna » qui était plus pour rire. J’ai essayé de faire d’autres choses, mais je ne sais pas si ce que j’ai à dire passe réellement par des mots. Quitte à faire des voix je préfèrerai le faire sur des tracks ambiants. Et puis je n’aime pas ma voix! (Rires). À l’époque avec Sextoy notre gros trip c’était la réhabilitation de la langue française, on voulait reprendre des morceaux de Balavoine ou de Mylène Farmer par exemple ! Mais après quand tu chantes des paroles c’est très difficile de ne pas être ridicule, il y a une barrière extrêmement mince où ça passe de « artiste » à « burlesque ». Je pense que si tu n’as pas la maîtrise des mots et de la poésie, c’est très difficile d’écrire des paroles et de ne pas avoir l’air con quand tu les chantes. Sinon moi je ne me vois pas chanter « j’ai mis mes Prada et mes lunettes de soleil pour aller à la plage », ça me correspond pas. Je joue des disques comme ça, ça me fait rire mais je me vois pas dire ce genre de trucs. On va dire qu’au niveau des paroles, je ne me suis pas encore trouvée.

Pour en revenir à la culture club, là on est au Pulp, qu’est ce que ça représente pour toi ?

Pour moi le Pulp c’est encore un des rares endroits un peu punk et où les gens sont un peu libres : les gens peuvent venir habillés comme ils veulent et faire ce qu’ils veulent. C’est cet esprit qui me plait. Si tu regardes la programmation, elle est super forte et il n’y pas vraiment de restrictions. Quand Fanny a programmé Khan, c’était la première fois. Des gens comme Captain Comatose ou Peaches ont joué aussi pour la première fois à paris au Pulp. Une fois Chloé et moi on avait programmé une fille qui jouait de la guitare, les gens étaient super froids et pourtant on trouvait ça magnifique. L’entrée est gratuite et le club est petit, on peut se permettre la prise de risque, ce n’est pas la même problématique qu’un Rex ou un Elysée Montmartre.

Le Pulp a eu sa période très Hype et là c’est peut-être un peu retombé, qu’en penses-tu ?

C’est peut-être un peu retombé, mais je pense que c’est maintenant que c’est intéressant. Si la hype est certes moins présente, ce qui demeure au Pulp c’est la culture musicale et l’amour de la musique. L’équipe est excellente, Fanny a passé 10 ans chez Nova, y a Ivan, Chloé, moi, on a tous la trentaine voir plus et on est tous vraiment passionné. De plus si ce qui nous caractérise, c’est que tous ceux qu’on invite, on les kiffe vraiment. Il n’y a pas vraiment de budget au Pulp, là tu vois ce soir Jake Fairley dort chez moi, je lui ai fait à dîner, on a bu du vin en écoutant du Brian Ferry et du Gainsbourg. Tu vois c’est vraiment un esprit familial, et je pense que c’est avec cette sincérité qu’on arrive à remplir le club avec des gens pas forcément connus. Tout ça, ça reste aussi histoire de famille. C’est aussi lié à la force du mouvement lesbien où les filles ont commencé à se révolter pour affirmer «on a du goût ». Tu retrouves un peu dans le Pulp l’esprit militant des mecs des années 70-80.

Parle nous un peu des disques que tu joues, comment les choisis-tu ?

Écoute, moi je joue tous les disques qui me touchent, et ça peut aller de Romanthony pour les trucs House à des morceaux du label IST pour le Hardcore Indus (mais joué en 33 tours !). J’essaye de tout mélanger pour ne pas me coller d’étiquette musicale, mais surtout jouer ce que j’aime. L’autre jour, je m’achetais des disques avec un copain et il m’a dit « nan prends pas celui là, tout le monde va le jouer ! », moi ça j’en ai rien à foutre, si le disque me plait et que j’ai envie de le jouer, je le joue ! Globalement je m’en fous de ce que l’on va penser, si tu prends la compile Lust, le morceau « llektric », il est limite un peu « cheesy » à des moments, mais moi je trouve ça marrant et sexy. Ce que je joue suscite chez moi une réaction physique ou mentale.

Concernant le mix, quand on t’écoute on sent un certain fétichisme pour certains disques comme Sasha Funke ou PomPom…

Ça vient de ma culture techno et de mon côté mémère (rire) : j’ai du mal à lâcher les morceaux que j’aime. Là, ce soir pour mon set je me suis faite violence pour changer mon bac même si j’ai gardé le Sasha Funke (rire) ! Bon au risque de décevoir les gens , à jouer quasiment 3 fois par semaine, ben forcement on bosse moins. Ces derniers temps, c’est plus calme, j’ai donc plus de temps pour écouter et acheter des disques. La légende du DJ qui passe son temps perché sous ecsta, ce n’est pas vrai, mixer c’est pas seulement arriver avec deux flight cases, c’est aussi bosser chez soi en écoutant des disques et en pensant ses enchaînements.

Comment travailles-tu tes sets ?

Je bosse certains enchaînements mais pas le set entier. Ces temps-ci celui que j’adore, c’est le « Plastikman- Spastik » avec “Nathan Fake- Outdoor” , certains enchaînements me donnent la chair de poule tellement le mariage est efficace. J’ai donc mes enchaînements clefs, mais autour ça évolue beaucoup. Si je suis crevée je vais avoir tendance à jouer la sécurité, mais si j’ai la forme je vais vraiment me lâcher !

D’ailleurs ce qui est assez impressionnant dans tes sets ça va être ces transitions de 3-4 mins avec des grosses montés comme le Sleeparchive avec Reinhard Voigt…

Alors je peux passer des heures à chercher comment marier le disque A avec le disque B, mais de la même façon, et je veux pas que ça sonne prétentieux, je sais aussi que mon point fort c’est de trouver assez vite les éléments qui se correspondent entre les morceaux.

Ce qui fait plaisir à voir aussi quand tu mixes c’est ta façon de …

(Aussitôt)… bouger ! Écoute je ne sais pas vraiment si c’est conscient ou pas. Cela dit, si je suis vraiment crevée et que je n’arrive pas à mixer je vais me forcer à bouger, à mettre les bras en l’air pour me pousser. Mais bon globalement ce n’est pas réfléchi, je ne me dis pas « tiens je vais faire un show ce soir ». Je trouve ça dommage de ne pas danser quand tu mixes, ça montre quand même que tu kiffes ce que fais. Avant de mixer, je dansais énormément en soirée donc là c’est pareil sauf que je suis derrière les platines ! Des fois je joue des trucs, ça m’est d’ailleurs arrivé de danser derrière mes platines et de ne pas m’apercevoir que le disque se terminait ! C’était très drôle mais bon c’était la fin de soirée donc ça n’avait plus d’importance.

Dernière question, on entend beaucoup que la minimale est sur la pente descendante, quel est ton avis ?

Ha je l’attendais celle là ! À la base je viens de Détroit, après j’ai mixé les premiers Kompakt, les premiers Studio1 etc, tout le monde était à mort House filtrée. Ensuite l’electro est arrivée et tout le monde s’est mis à l’électro, et récemment c’est la minimale… Ceux qui prédisent ce genre de truc oublie de s’intéresser au fondamental : la musique.

Interview réalisée par Clems, Olibusta et Arno initialement publiée sur nightsystem.com

www.jennifercardini.com

One Response to “Jennifer Cardini - Kompakt Booking - Kill The Dj”

  1. #1 Fono says:

    Une nouvelle interview est dispo sur le site du journal francophone en allemagne La Gazette de Berlin.
    Voilà l’adresse pour les curieux: http://www.lagazettedeberlin.de/3570.0.html

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