
Arnaud Rebotini forme avec Ivan Smagghe probablement le duo le plus novateur de la musique électronique française depuis les Daft Punk.
Et si les premiers avaient su, il y a presque 10 ans entraîner avec eux toute la vague French Touch, ici, c’est plutôt la vent de la dark house, de l’acid et de l’electronic body music qui semble souffler sur la scène française et internationale sous l’impulsion de notre duo.
Mais les remixeurs les plus demandés de 2004 et 2005 voient plus loin que le dancefloor et c’est pourquoi, avant la sortie de l’album de Black Strobe, on a rencontré le fondateur du projet, Arnaud Rebotini pour qu’il nous parle, non pas seulement de house, mais de musique tout simplement.
Comment est ce que tu analyserais le succès de Black Strobe ?
A vrai dire, je n’en sais rien… Je pense que c’est d’abord du au fait qu’on est sincère avec ce qu’on fait et pour une fois la mode et la musique qu’on propose sont concordantes. Quand on a fait Innerstrings, j’avais décidé de le sortir moi-même, comme ça pour voir et ça été infernal parce que personne n’en voulait ! J’en avais fais 800 copies que j’ai eu du mal à vendre parce que ce n’était pas le bon moment. Et finalement Trevor (NB : Trevor Jackson, Boss d’Output) l’a sorti et c’est parti comme ça.
Aujourd’hui qu’est ce que ça te fait d’entendre tout ces groupe qui imitent le son Black Strobe? En tant qu’instigateur de ce mouvement, est ce que ça te flatte ou bien ça t’agaces ?
J’entend un peu partout, c’est vrai qu’on a « inventé » le son d’aujourd’hui. Oui ça me flatte en quelque sorte et puis c’est toujours amusant d’entendre des mecs qui te copient plus ou moins bien mais bon ça ne me fait pas régir plus que ça.
Vous avez sorti énormément de remixes, qu’est ce qui te motive dans le fait de remixer les autres ?
Ça va dépendre des artistes. On a par exemple beaucoup d’échanges avec Alter Ego avec qui on s’est remixé mutuellement donc là c’est particulier mais sinon j’aime bien le travail d’arrangement, le fait de prendre une chanson avec des vocaux et de le retravailler à notre sauce.
Quelles sont les limites que vous vous imposez dans le choix des remixes ?
En général, on refuse les morceaux où il n’y a aucun élément qui va nous permettre de la faire sonner comme du Black Strobe. Par exemple pour le remix qu’on a fait pour David Guetta, on a gardé simplement le petit gimmick de voix qui faisait un peu « Depeche Mode » donc ça nous a amusé et on a accepté de le faire. Ils voulaient qu’on mette plus de voix mais on a refusé donc finalement, le morceau est passé comme ça.
Ca a d’ailleurs étonné pas mal de monde que vous remixiez David Guetta…
C’est vrai mais bon il reste quand même l’un des premiers Dj house en France et puis on trouvait ça marrant de temps en temps de s’en faire un qui serait un petit peu plus « borderline »
Petite question rituelle: parmi tous les remixes, quelles sont ceux dont tu es le plus fier ?
(NB sans hésitation) Le Depeche Mode évidemment. Parce que c’est Depeche Mode tout simplement. Rammstein aussi il est bien. J’aime bien le principe de remixer ce genre de groupe.
Et le remix de Abusator pour Sweet Light (NB my own favorite…) ?
Oui il est très bien celui là aussi. Je l’adore parce qu’on l’a très bien construit en mettant l’original au début mais je ne le cite pas spontanément parce que c’est plus glamour quand même d’avoir Depeche Mode et je ne pense pas qu’ils m’en voudront d’avoir dit ça !
Comment réussir alors à innover tout en gardant le son Black Strobe ?
Quand tu fais de la musique, tu t’investis personnellement dedans donc le son que tu produis te correspond. Dans Black Strobe, on a une formule qu’on essaie de faire évoluer, une manière d’écrire et d’arranger les morceaux en « empilant » les synthés mais des fois, tu peux en sortir comme on l’a fait sur l’album où il y aura des ballades par exemple. C’est un album qui ne sera pas uniquement « club » donc c’est aussi une façon pour nous d’évoluer
Parle nous donc du contenu de cet album…
Il est quasiment terminé mais on ne sait pas encore quand il sortira. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il ne sortira pas sur Output mais on n’a pas encore signé de deal pour le distribuer. Ce sera un disque à dominante vocale et il y aura même une reprise d’un morceau de blues « I’m a man » de Bo Diddley. Il y aura des climats très différents sur cet album : des ballades, des morceaux club avec des tempos plutôt soft, des morceaux assez durs comme on fait déjà, il y aura le morceau deceive/play aussi.
On ne voulait rester uniquement dans l’esprit club parce que ça n’aurait servi à rien. Déjà ça ne se vend pas. Les gens préfèrent acheter des compilations mixées par leur Dj préféré et pour moi ça n’a aucun sens de faire un album club. En fait, on fera un album club avec la compilation de tous nos remixes qui sortira après l’album studio. Mais là on a voulu faire de la musique comme un groupe avant tout. Ce sera un album rock avec des synthés, très arrangés, très sombre et romantique.
Au niveau des paroles, vous semblez très inspirés par les femmes (Chemical sweet girl, Me and Madonna, Shiny Bright Star, Lady 13…), pourquoi ce thème revient si régulièrement ?
C’est Ivan qui écrit les paroles dans Black Strobe sauf Chemical sweet girl qu’on a écrit ensemble et Me and Madonna où c’était Jennifer Cardini et moi. En fait Ivan et moi, on est assez d’accord là-dessus : on ne veut pas écrire des paroles politiques. Personnellement, je n’aime pas les groupes politiques à part quelques grands groupes comme Dead Kennedys (NB : groupe Punk Hardcore qui officia au début des années 80) qui le font de manière intelligente, avec cette esprit de révolte et où ça a sens avec la musique qu’ils font. Mais nous on n’a rien à dire là-dessus dans notre musique. Ensuite pour ce qui est des paroles rigolotes, ça collerait encore moins avec notre musique. Donc il après il nous reste les thèmes du désir, du manque, des thèmes un peu abstrait sur l’amour, la perdition… C’est pour ça aussi que je dis que l’album sera assez romantique.
Est-ce qu’on peut s’attendre à des collaborations extérieures sur cet album ?
Je l’ai fais avec Zend Avesta mais je n’ai pas du tout envie de ça avec Black Strobe. J’avais envie qu’on nous identifie d’abord comme un groupe et je n’ai pas du tout eu envie de guest parce qu’en plus pour les lives, c’est un enfer !
Tu dis souvent que tu es fan de musique classique, en quoi est ce que cela t’inspires pour la musique de Black Strobe ?
En fait ça m’inspire énormément. Ce n’est pas la musique classique à proprement parler mais plutôt des techniques d’orchestration que j’applique à Black Strobe ce qui est, à mon avis, une partie de notre son. La façon dont j’utilise les synthés, dont j’arrange les lignes de basse… Si il y a un gros son dans Black Strobe, c’est parce que tout est plein c’est-à-dire que je vais utiliser un synthé à la manière d’une contrebasse puis je vais en utiliser un autre à la manière d’un violoncelle, un autre pour faire les vents, un autre pour les altos donc au final, c’est ça qui donne cette masse et ces timbres. Et ce qui m’a toujours fasciné en musique, plus encore que la mélodie, ce sont les timbres, les sonorités. Je recherche toujours à avoir des sons avec des synthés différents que je mélange et qui jouent la même chose. C’est le principe de l’orchestration et c’est ce que je fais avec les synthés.
Qu’est ce que tu utilises alors comme matériel ?
Beaucoup de virtuel. Avant, j’utilisais ma collection de synthés analogiques mais maintenant, quasiment uniquement du virtuel. Je trouve ça trop chiant les synthés maintenant ! Les mémoires ne marchent jamais, les charlays ne sont jamais au bon niveau…
Comment envisages tu à l’avenir les performances live de Black Strobe à l’avenir sachant que sur scène vous vous présentez comme un groupe de rock ?
Lors de nos premiers live, on jouait avec un bassiste, un guitariste, un batteur, moi au chant et Ivan aux synthés mais aujourd’hui ça a changé. On est un de moins sur scène. Siskid s’occupe des claviers et des guitares, on a aussi un batteur, Ivan aux machines et moi au chant. Désormais, tout est mixé à la manière d’un mix de Dj live. En fait on n’était pas tout à fait satisfait de la configuration précédente. On avait fait quelques bonnes dates mais on voulait pousser le truc de l’énergie et on trouvait ça très con d’avoir de la musique mixable et de ne pas la mixer.
Mais la plupart du public de Black Strobe est un public de clubbers, plutôt attiré par l’énergie dancefloor de vos remixes. Est-ce que tu n’as pas peur que le public soit désorienté par votre formule live ?
En fait on a deux types de live. On a un type de live très club, conçu avec nos laptop et puis on a notre live en configuration groupe qui est déjà beaucoup plus club que ce que l’on faisait auparavant puisque il est mixé. Actuellement, ça ressemble pas mal à ce qu’on a fait pour notre date au point éphémère sauf que ce n’était pas encore mixé. Le retour qu’on a eut dernièrement était très bon. On a une fait une date l’année dernière à Londres entre LCD Soundsystem et les 2 many dj’s où ça été absolument incroyable et ça a été le feu. On a fait le Loft cette année pendant le Sonar et ça a été une date énorme. Donc si les gens sont prêts à écouter ce qu’on joue, je pense qu’il n’y a pas de problème. Si les gens sont juste là pour danser et qu’ils sont incapables d’écouter 5 minutes ce qu’on joue, il faut venir nous voir en Dj. A partir du moment où tu es là pour faire un live, il faut s’attendre à quelque chose de différent. On a un batteur, un guitariste donc oui ça sonne plus rock.
Est-ce que tu es satisfait du retour qu’à Black Strobe en France ?
C’est plutôt mieux à l’étranger et j’ai surtout l’impression qu’on est mieux compris à l’étranger au niveau de nos lives. Les pires lives qu’on ait fait étaient en France et j’entend beaucoup plus de critiques sur nous en France qu’à l’étranger.
Ce qui est bien aussi en Angleterre, c’est que c’est beaucoup moins partitionné qu’en France. Tu as des super gros festivals rock avec des tentes dance incroyables de 5 000 personnes. Nous on a joué dans des festivals avec Green Day ou Foo Fighters en tête d’affiche et les mecs sont à bloc ! Je pense que ça existe en France aussi un peu puisque quand je mettais du rock au Pulp, il y avait pleins de mec super contents aussi. Mais je me demande si les Anglais ne sont pas plus ouverts.
Je crois aussi que c’est une affaire de génération parce que si tu fais écouter à un gamin du Marilyn Manson ou bien un truc electro, je ne suis pas sûr qu’il fera la différence. Ce qui est pas mal d’ailleurs.
Qu’en est-il de ton projet Zend Avesta que tu avais avant Black Strobe ?
J’ai beaucoup bossé sur Black Strobe donc du coup ce projet est là est un peu en retrait actuellement mais on retrouvera des choses de Zend Avesta dans l’album de Black Strobe.
Peut être que je relancerai ce projet mais pour l’instant, il faut sortir l’album avec Black Strobe, partir en tournée…
Est-ce que tu serais tenté par une carrière solo ?
Je vais peut être sortir un maxi tout seul. J’ai déjà remixé Scratch Massive aussi seul et il y a très longtemps je faisais des maxis de techno.
Tu as déjà joué dans des groupes de rock ?
Oui mais là j’étais très jeune. Je jouais dans des groupes de death metal, j’étais très fan de Napalm Death par exemple !
Grâce à ses activités de Dj , Ivan a atteint une grosse notoriété au niveau international. Est-ce que cette surmédiatisation d’Ivan par rapport à toi te gène ?
Non pas spécialement. Il part tous les week end jouer dans des soirées donc c’est normal que dans l’esprit des gens, il incarne plus Black Strobe d’une certaine manière. Après moi j’y peux rien, c’est juste comme ça. A l’inverse quand on joue en live, c’est plus moi qui suit mis en avant vu que je chante donc au final les choses se partagent comme ça.
Tu es aussi Dj et tu organises entre autres les soirées « sometimes Funky People Are Dressed In Black », qu’est ce ça t’apporte par rapport à Black Strobe ?
Moi je préfère 10 000 fois plus le live mais ensuite, je trouve ça super agréable de mixer quand la soirée se passe bien, que tu peux mettre les disques que t’aimes et que la foule réagit. C’est une activité que j’aime bien mais c’est vraiment plus le live qui m’intéresse par le Deejaying pur, on le fait souvent avec Ivan. Le live, c’est un peu plus rare et il y a vraiment ce côté de mise en danger que j’aime bien. Le Dj, c’est juste mettre des disques et à partir du moment où tu le fais pas trop mal et que tu sais ce qui marche, ça va tout seul.
Pour les soirées « Sometimes funky people.. », je ne sais pas encore quelle forme ça prendra l’année prochaine. On en avait fait une dernière au début de l’été avec The Hacker (et Anthony Rother comme invité) et c’était pas mal, il y avait du monde mais le truc c’est que au Rex, tu as du mal à sortir de la techno alors que moi j’aimerais bien pouvoir jouer autre chose comme des trucs de rock. On le fait un peu mais c’est vrai que c’est difficile. Avant on avait fait cette soirée au Tryptique aussi mais le mieux, c’était au Pulp. Même si je trouvais que les gens n’étaient pas encore assez mélangés.
Bon pour finir, 2, 3 producteurs que tu apprécies actuellement ?
Huntemann, j’adore tout ce qu’il sort. Ou sinon j’aime bien les « sous-black strobe » (NB : petit sourire en coin) notamment un morceau qui s’appelle « robot gang » (NB : l’artiste, c’est Off The Record sur le label Senator…). Celui là, c’est un bon sous-black strobe, il est terrible !
Interview réalisée par Clems initialement publiée sur nightsystem.com
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May 7th, 2007 at 8:18 pm
Bonjour et bravo pour cette itv
je vous invite a retrouver arnaud rebotini dans un papier sur Black Strobe sur le French Data Club
en usant de la fonction de recherche intégrée au blog vous pourrez également retrouver des propos de Pedro Winter, Jérôme Tacteel ou Alex Gopher
Big Up
Pour le French Data Club > Jean-Fabien