Tim Paris - Crack N’ Speed - Silver Network - Marketing
Posted by: clement in [Interviews] 
Quand on est co-boss avec Jef K de labels aussi respectés que Crack & Speed ou Silver Network, on se dit déjà que le type en question a le nez plutôt creux. Mais quand, en plus, on sort ”Architecture (Virgo)” comme premier essai, on se dit que décidemment ce type là est sacrément doué!
On parle de qui là? De Tim Paris. Retenez bien son nom.
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Tim, quel a été ton parcours de musicien ?
J’ai commencé la musique vers 14 ans. J’ai joué dans différents groupes et puis à 18 ans, j’ai découvert la techno et mes premières raves. Quelques semaines après je me suis acheté des platines et je mixais en soirée. Tout est allé très vite. Vers 19 ans, je suis rentré chez ”Universal” et j’ai bossé un an dans la division électronique à l’époque où on a signé Modjo. Finalement, je me suis rendu compte que j’avais beaucoup plus envie d’être artiste que de bosser en major. J’ai eu des plans pour mixer au What’s Up bar à Bastille, de fil en aiguille j’ai rencontré Jef K et on s’est associé pour le label SILVER NETWORK puis CRACK&SPEED.
J’ai beaucoup mixé pendant 3,4 ans, puis il y a 2 ans, je me suis vraiment mis à produire sérieusement. J’ai eu un peu de mal à passer le cap mais j’en avais marre de faire la fête sans rien derrière. Etre juste Dj, ça ne m’intéressait plus. On m’a proposé de faire un remix pour Salif Keita, cela a tout déclenché. Depuis tout s’est enchaîné…
Aujourd’hui donc tu te considères comme producteur ou Dj ?
Ce n’est pas vraiment important. Je suis les deux. Evidemment, je fais de la musique à mixer parce que pour être honnête, je vis plus de mes cachets de Dj donc c’est important de sortir de la musique pour le dancefloor. Mais j’ai aussi des idées d’album qui me trotte derrière la tête donc je n’ai pas envie uniquement de me limiter à de la musique pour dancefloor, c’est une contrainte plus qu’autre chose.

Chaque artiste que tu as remixé se situait dans un genre musical différent aussi bien world music avec Salif Keita que rock avec DB. Est-ce une démarche volontaire de ta part ?
C’est vrai qu’à la base je ne viens pas exclusivement de la techno, du coup mes goûts sont super vastes. Ensuite c’est aussi une question de hasard et quand on vient te voir pour te demander de remixer Salif Keita, tu te poses pas la question une seule seconde de savoir si tu dois le faire ou non. Pour moi Salif Keita, c’est un très grand artiste, j’ai simplement essayé de faire de mon mieux pour ne pas trop dénaturer le morceau. A partir du moment où tu m’apportes un truc qui me plait musicalement, je le fais: je suis ouvert à pleins de styles musicaux, house, funk, hip hop, electro.
Je regrette d’ailleurs que dans la musique électronique, les artistes aient des champs si limités, qu’ils ne s’intéressent assez pas aux autres styles. Il y a pleins de mecs qui ont découverts la musique grâce à l’electro mais pour moi, ça reste trop limitatif. Au départ, je viens de la musique black, j’aimais beaucoup les groupes de funk ou de hip hop…
C’est pour ça qu’on retrouvait notamment Mike Ladd (NDLR du groupe de rap The Majesticons) sur ton ep Architecture ?
Oui tout a fait et je vais d’ailleurs certainement rebosser avec lui et éventuellement avec d’autres. La rencontre était vraiment géniale et il a tout de suite compris ce vers quoi je voulais aller sur ce morceau. Cela s’est vraiment super bien passé. De manière générale, j’adore bosser avec des musiciens ou des chanteurs. Quand je le fais j’essaie de faire en sorte que ce ne soit pas trop caricatural et que ça nous emmène dans de nouveaux univers, pouvoir exploiter la richesse de ces collaborations. Par
exemple, avec Mike Ladd, on a essayé de faire un truc un peu plus tordu qu’un morceau de hip hop de base.
Au niveau des remixes, comment est ce que tu arrives à trouver le bon équilibre entre ta propre vibe et ton propre son et le respect de l’œuvre originale?
Je t’avoue que c’est un problème dont je ne suis pas encore vraiment sorti. Cette question là, je continue de me la poser à chaque fois. Je commence à avoir fait pas mal de remixes mais pas encore suffisamment pour vraiment savoir. Je crois que j’ai une approche assez différente du remix. Certains font des remixes comme on en faisait pour les morceaux disco dans les années 70 et comme ont continué à le faire des mecs comme les Masters At Work par la suite où ils font tout simplement un nouveau mix. C’est-à-dire qu’ils reprennent les éléments en les taritant sur la table de mix en modifiant les niveaux de batteries, de bass etc.
Moi j’avoue que j’ai plutôt tendance à tout modifier. Je viens de faire un remix où je n’ai pas utilisé les éléments séparés, j’aime bien prendre le morceau original, mettre des effets partout, coller des petits bouts, les rejouer. J’ai pas vraiment de démarche parce que la plupart de mes remixes sont en réalité des compositions originales. C’est pareil pour le remix de Télépopmusik que je viens de finir et qui sortira en septembre. Je l’ai profondément modifié en ne gardant qu’une boucle vocale du morceau original. Ça m’est déjà arrivé de reprendre tout un vocal comme pour Salif Keita mais maintenant, je n’ai plus
trop envie de le faire. J’ai été un peu déçu de l’acceuil qu’a eu mon remix. Les mecs qui étaient plus electro n’aimaient pas trop les vocaux et ceux qui aiment les vocaux le trouvaient trop electro. Désormais j’essaie d’être moins le cul entre deux chaises.
Aujourd’hui tu codiriges, Crack & Speed et Silver Network avec Jef K. Quelle est la suite ?
En fait je vais démarrer un nouveau label au mois de septembre pour sortir un peu tout ce que j’aime et qui n’est ni vraiment dans la couleur SILVER ni dans celle de CRACK & SPEED. Ça va s’appeler MARKETING et la première sortie aura lieu en septembre avec un morceau d’ I:Cube, un autre de Tekel et un troisième de moi.
Dernièrement, vous avez aussi sorti le fameux maxi take care de Chloé …
C’est vrai que ce morceau remporte un beau succès. C’est la meilleure vente de Crack&Speed jusqu’à présent et on continue de le vendre. On fait un très beau score dessus, c’est quand même un petit tube underground (NDLR : quiconque le joue au pulp fait hurler la foule en délire. C’est assez impressionnant). Cela faisait longtemps que l’on parlait de faire quelque chose sur Crack&Speed avec Chloé, puis un jour, elle a joué ce morceau au pulp et j’ai tout de suite voulu le signer. Je trouve que ‘Take Care’ colle bien à l’esprit du label et en plus, Chloé est une amie. Avec elle et Alexkid, on a organisé pleins de soirées.
On a un concept qui s’appelle Ghetto Blaster où on joue tout les 3 en ping pong toute la nuit. On va d’aileurs reprendre au Rex à la rentrée. On a fait ça pendant un an un peu partout, au Globo, au Nouveau Casino. C’était un peu une soirée itinérante au départ et on s’est vraiment éclaté à jouer ensemble. Ensuite l’album d’Alexkid est sorti et ça a été beaucoup plus dur à tous se caler, il avait énormément de dates à assurer. En tout cas, on a toujours pris énormément de plaisir à le faire’ on s’entend très bien tout les trois et même si on fait de la musique différente, ça rend toujours très bien en soirée parce qu’il n’y a pas de temps mort.
Qu’est ce que tu penses la scène française actuellement ?
Je trouve la scène française passionnante, je l’adore. Par contre c’est dommage d’assister des fois à des guerres intestines, des problemes de chapelles qui nous nuisent: on pourrait être beaucoup plus fort, beaucoup plus uni si le français était moins con, un peu comme à l’époque de la French touch où les gars se filaient des coups de main et se remixaient mutuellement entre SOLID, Cassius, Daft Punk et autres. Maintenant, j’adore le son français parce que c’est au carrefour de ce qui se fait en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Espagne. C’est moins froid que l’Allemagne, moins funky que les Etats-Unis, moins cheesy que l’Angleterre. Je trouve ça vraiment dommage qu’on soit sous exposés. Quand tu vois que des labels allemands vendent 5 fois plus sur n’importe quelle références qu’un disque Français, tu ne comprends pas vraiment pourquoi. Mais bon tout ça, ça
fonctionne par mode et certains pays sont alors plus exposés.
En ce moment c’est l’Allemagne et c’est vrai que Berlin est un endroit incroyable. Le problème en France n’est pas tant la musique mais le public qui est moins mobilisé derrière les artistes. Il y a moins de médias, moins de soirées et certainement moins d’argent investi en France parce que ça intéresse moins les gens et malheureusement, il y a probablement cinq fois moins de soirées qu’en Allemagne. Il y a eu un petit sursaut vers la fin des années 90 où c’est devenu un peu médiatique avec cette histoire de French touch. Tout le monde s’est mis à sortir en club et puis voilà c’est retombé. Il y a eu une petite crise économique ainsi qu’une crise artistique et c’est retombé comme c’était venu. Il y a actuellement des artistes qui poussent la scène française comme les Black strobe mais le succès qu’ils obtiennent en France n’a quand même rien à voir avec celui en Angleterre ou en Allemagne. Malheureusement si tu regardes à une échelle plus globale, ça reste beaucoup moins important que ce qui se passe à côté.
Pour parler un peu de mon cas personnel, l’année dernière, j’ai beaucoup plus mixé à l’étranger qu’en France. Je crois d’ailleurs que j’ai autant mixé en Espagne qu’en France.
Bientôt je vais aller jouer en Allemagne, ensuite je serai en Italie, en Espagne à nouveau, puis à 10 Days Off Techno en Belgique alors que je ne fais aucun festival en France. Prenons aussi un mec comme Vitalic qui commence à être vraiment starisé en France mais ce n’est rien en comparaison de sa notoriété internationale où il va jouer 6 fois par mois et peut-être 2 fois en France.
Qu’est ce qui te fait vibrer dans les disques sortis récemment ?
Le truc qui me bouleverse actuellement, c’est l’album à venir de Jackson qui sortira chez BARCLAY/WARP au mois de septembre. Comme ça fait 10 ans qu’on est ami, j’ai pu voir cet album naître et passer par ses différentes étapes. Il a passé cinq ans à le faire et c’est la claque de l’année en musique électronique. Cet album est complètement dingue, c’est un espèce de mélange des genres, à la fois électronique, lyrique, acoustique. En un morceau, tu as l’impression d’en avoir écouté 200 ! En dehors de ça, je suis assez fan de Tekel. Ce sont des français sur qui il va falloir compter. Leur dernier maxi est d’ailleurs monstrueux (NDLR : Snake Tartare sur INITIAL CUTS) et leur live est dément ! J’adore aussi Chloé qui est pour moi, l’un des meilleurs Dj en France.
Hors electro, je suis fasciné par ce que font les Neptunes, un peu comme tout le monde d’ailleurs. Leur tube avec Snoop Dogg « Drop it like it hot » m’a complètement traumatisé ! Ce que j’aime c’est la liberté artistique dont jouissent ces mecs, ce morceau est quand même super barré ! Quand je l’ai joué en Espagne, où les gens n’écoutent pas de hip hop, ils se sont tous mis à danser à la première écoute ! En hip-hop, j’adore également Quasimoto, Beans, tous les mecs qui sont chez Warp. J’adore ce que fait Mike Ladd. J’aime bien quand le hip hop est mélangé avec d’autres styles. En fait je suis moins dans le hip hop de base qu’auparavant.
Qu’est ce que tu utilises comme matériel pour tes morceaux ?
Je fais tout sur ordinateur ce qui commence d’ailleurs à me poser un peu des problèmes parce que ça manque un peu de chaleur. Ce n’est pas vraiment le même son que des machines. Le problème c’est que le bon matériel est extrêmement cher et un synthé Moog, ça coûte quand même le prix d’une voiture, c’est un gros investissement. Je fais tout par ordinateur et ensuite Yogi (mon cousin, ingenieur du son) fais le mix sur ses vieilles machines afin de « réchauffer » un peu le son general.
Est-ce que tu sors toujours beaucoup à Paris en dehors de tes activités de Dj?
J’adore danser déjà mais c’est vrai que je sors un peu moins qu’avant. Après une journée en studio, j’ai un peu de mal à enchaîner avec une soirée en boite de nuit ! Maintenant, je cherche toujours l’endroit où le son est moins fort ! J’aime quand même toujours aller au Pulp, au Rex mais je sors déjà suffisamment en mixant. Je vais d’ailleurs faire une soirée au Triptik fin août, une autre au Nouveau Casino, début septembre et une Ghetto Blaster. Sinon j’aime bien mixer aux soirées Eyes Need Sugar à la scène bastille.
Et quels sont tes Dj favoris ?
J’adore Ivan Smagghe, Chloé, Andrew Weatherall, Jef K, Cyril K, Paul de Marseille (qui a le label Virgo). Et bien évidemment, mon Dj numéro un c’est Laurent Garnier. C’est grâce à lui que je fais de la musique electronique aujourd’hui. Pour moi c’est vraiment l’incarnation du Dj parfait, qui ne s’est jamais compromis. Parmi les Dj les plus connus, c’est le seul qui mixe de la musique aussi bonne…
Interview réalisée par Clems initialement pour nightsystem.com
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